"Les Femmes de l'ombre" : des agents très spéciales

JP Salomé, sortie le 5 mars 2008
Voilà un film français dense et ambitieux qui raconte un histoire inspirée de faits réels : les femmes engagées dans la résistance, pas celles qu’on voit dans les films de guerre français, les films sur l’occupation, par exemple, celles qui transportent des messages à vélo, qui cachent des résistants, qui font ce qu’elles peuvent, souvent héroïquement aussi, mais celles formant des véritables commandos entraînés et dirigés depuis Londres. En 1940, Churchill fonde le SOE (special operation executive), service secret destiné à soutenir les différents mouvements de résistance à l’ennemi nazi en Europe. Le SOE recrute souvent des espionnes pour des missions délicates, Louise, l’héroïne du film en fait partie, personnage inspiré de la vie de la résistante Lise de Blaissac.Après avoir vu son mari tué sous ses yeux dans une opération commando dans une gare (première scène du film), Louise de retour à Londres se voit confier la mission de monter un commando de femmes pour une opération particulière : enlever un blessé dans un hôpital allemand à Pont-Levêque en Normandie, un géomètre anglais qui a endossé l’uniforme allemand pour sauver sa peau. Sauf qu’un commandant allemand SS le recherche aussi, ayant eu en mains des photos de repérage et soupçonnant que la présence d’un géomètre sur les plages de Normandie, futures plages du débarquement, n’a rien n’anodin, qu’il faut l’interroger à la Gestapo…

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photo TFM distribution
 
Retrouvant son frère comme un des chefs de l’organisation, Louise va recruter à Londres, contre leur gré (demandant à son frère de séduire l’une d’elle pour la convaincre) trois jeunes femmes françaises, Jeanne, une prostituée condamnée à mort qui n’a peur de rien, Suzy, une séduisante danseuse de cabaret et Gaëlle, une jeune chimiste pure et croyante mais sachant manier les explosifs. Non seulement ces femmes on accepté cette mission à hôpital avec mille réticences mais après la réussite de l’opération, Louise et son frère les empêchent de rentrer à Londres quasiment de force. Les dés sont jetés.


photo TFM distribution

On a une impression étrange en voyant ce film qui est à la fois un film d’action, où les événements s’enchaînent sans interruption, et en même temps un film sans véritables scènes d’action émergentes, sauf très rarement et tournées alors en accéléré. Il n’y a aucun temps mort, aucune scène légère et presque pas de scènes d’échanges entre les personnages ou très brèves, quelques mots échangés, et cela fait cruellement défaut au film. Il en résulte, d’une part, qu’aucun événement n’est mis en relief par rapport à un autre et que tout se fond, tout étant traité au même niveau dramatique, et, très vite, aucune scène choc ne viendra plus retenir l’attention. On est dans l’action lente, si on peut dire, le spectateur se sent embourbé pendant plus de deux heures dans un film plein, dense, étouffant, riche,  lourd, sans espace, sans contrastes. D’autre part, on peine à s’attacher aux personnages si ce n’est grâce au talent de certaines actrices capables d’exister quand même, comme Julie Depardieu, magnifique. 


photo TFM distribution

Le chef, c’est Louise (Sophie Marceau), les autres sont en retrait, c’est dommage, pas étonnant que ce soit Julie Depardieu qui ait obtenu encore un César cette année, avec Marie Gillain, ce sont les deux interprètes les plus touchantes insufflant de l’humanité à leurs personnages malgré le peu d’espace qui leur imparti. Jeanne/Julie Depardieu, l’insoumise, Suzy/Marie Gillain, la futile. Les scènes de tortures nombreuses sont assez pénibles à regarder, on sent bien la volonté louable de coller au réel des atrocités de la guerre, le son aussi est assez parlant, les mitraillettes, les explosions, en son amplifié font vrai, la figure du commandant SS en demi-teinte est objective. Je n’en dirai pas autant du commando de femmes, leurs relations quasi inexistantes, leurs robes pimpantes, leurs coiffures laquées, l’omniprésence de Sophie Marceau peu crédible dans ce rôle, son air sérieux, concerné, buté, toujours le même d’un film à l’autre. Quelques fantaisies isolées, le suicide de Gaëlle dans un nuage blanc mystique, par exemple. Des couleurs stylisées, du sépia rouge pour les intérieurs, des ton bleutés pour les extérieurs, de photos en noir et blanc pour le générique (très bien le générique du début basculant de la couleur de la première scène de la gare au noir et blanc de l’album photo).
Ce film fait penser un peu, version drame, à « Bon voyage » de JP Rappeneau, ces films tournés à l’ancienne avec du savoir-faire, une belle affiche, mais qui semblent aujourd’hui un peu dépassés, genre cinéma de papa un tantinet relooké. Simone Signoret dans « L’Armée des ombres » de Melville, c’est autre chose… ça donne envie de se précipiter revoir ce film intemporel en DVD, c’est la première chose à laquelle ‘jai pensé en sortant de la salle et quand j’aurai fermé mon PC, c’est sans doute ce que je vais faire…

 

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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