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"Written on the wind" ("Ecrit sur du vent") : triangles

Douglas Sirk, 1956



27 - 02
2009
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Pour le diptyque "Ecrit sur du vent" (1956) et "La Ronde de l'aube" (1957), Douglas Sirk avait engagé les mêmes acteurs : le trio Robert Stack, Rock Hudson et Dorothy Malone (qu'il voyait en sex-symbol). Dans les deux cas, Robert Stack préfigure l'ère où le spectateur va  au héros trop parfait préférer le bad boy plus charismatique (génération Marlon Brando, James Dean ou aujourd'hui Mickey Rourke, Sean Penn, etc...). Parfaitement sexy et violent, suffisamment névrosé pour qu'on lui pardonne, Robert Stack/Kyle est le parfait bad boy, l'ange déchu... Dans la famille Hadley, la mère morte en couches, l'oncle suicidé ou presque, restent un patriarche harrassé et ses deux enfants oisifs et dévoyés, Kyle et Marylee, le premier alcoolique, la seconde nymphomane. Selon un scénario fréquemment utilisé, le milliardaire Hadley préfère son fils spirituel (fils d'un ami chasseur), Mitch, élevé comme son fils adoptif, que que son fils biologique, cette tête brûlée de Kyle dont Mitch est d'ailleurs le meilleur ami, faisant fonction de grand frère protecteur depuis l'enfance.

Sauf que même avec un compte en banque en or, ce n'est pas toujours  valorisant d'avoir pour meilleur ami une perfection, préféré de son propre père, adoré par sa soeur et réparant ses bêtises depuis toujours. Quand Kyle et Mitch vont tomber amoureux de la même femme, Lucy, jeune femme rencontrée dans une agence de pub, on sait d'entrée que personne n'en sortira indemne. Kyle exhibe ses armes : l'avion privé, le luxe, l'argent facile. Contrairement à ce qu'on attend du personnage, Lucy, présentée comme un double de Mitch, jeune femme honnête et fidèle, va craquer en grande partie pour le luxe tout en se persuadant du contraire.



photo TCM

Dans le palace de Miami où Kyle l'emmène en avion pour prendre l'air... La suite de Lucy est un rêve de femme... futile et vénale... (mais quand c'est Robert Stack qui signe les chèques, difficile de résister.. )  Tiroirs débordant de pochettes du soir en lamé, dressing avec robes du soir en soieries multicolores, coiffeuse croulant sous les parfums... Pourtant, Lucy finit par fuir et tenter de s'asseoir dans un avion pour retourner à NY, sonnée par son coup de foudre... (comme disait l'autre "on aime un tout"...). Après quelques rapides états d'âme, Lucy épouse Kyle, ce qui désespère Mitch qui l'aime en silence et Marylee amoureuse de Mitch depuis l'enfance... Pendant un an, Kyle, devenu mari idéal, ne boit plus et veut des enfants. Malheureusement, un médecin lui annonce qu'il est stérile, ce que Kyle entend comme impuissant, le choc ravivant ses blessures de bon à rien méprisé par son père qui aurait préféré Mitch le parfait à sa place. L'annonce par Lucy de sa grossesse va déclencher la parano de Kyle qui pense aussitôt que l'enfant à venir ne peut être que celui de Mitch, poussé perfidement à la suspicion par sa soeur Marylee, rongée par le dépit.



photo TCM

Les deux stars de l'affiche aux rôles jumeaux de vertueux : Lauren Bacall/Lucy et Rock Hudson/Mitch sont bien ternes par rapport au couple frère et soeur Robert Stack/Kyle Dorothy Malone/Marylee. Il faut voir Marylee, ramenée par les flics après un scandale en ville, se déshabiller lascivement dans sa chambre, la musique à fond la caisse, devant la photo de Mitch alors que son père va s'écrouler raide mort dans l'escalier dans le vacarme du jazz...

Spécialiste du faux happy end (du happy end amer), Douglas Sirk n'y déroge pas, Marylee, restée seule au monde, est  accablée devant la photo de son père, dans la même situation que lui, tenant un derrick miniature dans ses mains, le pouvoir et pas l'amour, tandis que dehors les étrangers qu'ils ont aimé, elle et son frère, roucoulent ensemble, mais à quel prix...



photo TCM

On a divisé les mélodrames de Douglas Sirk en mélos flamboyants et mélos secs (les deux coffrets DVD Douglas Sirk sortis chez Carlotta l'année dernière et cet été), mais dans quelle catégorie classer "Ecrit sur du vent"? Coloré, bruyant, le rouge de la voiture de Marylee assorti à ses robes, le jaune de la décapotable de Kyle, la musique omniprésente, la forme est flamboyante, mais le sujet est complexe, freudien avec des sous-entendus et des comportements pervers, des pulsions inavouées, de la part de tous les personnages... L'amitié de Kyle, Mitch et Marylee, nostalgiques de la rivière où ils jouaient enfants, est celle d'un triangle amoureux. Quant à l'amour que les deux hommes devenus adultes, Kyle et Mitch portent à une inconnue, Lucy, cela  compose un second triangle dont le dénominateur commun est encore le couple Kyle et Mitch.
Comme dans "La Ronde de l'aube" (tiré de "Pylône" de Faulkner) où le pilote et le mécanicien, inséparables,  se partageaient plus ou moins explicitement la même femme (Dorothy Malone). Malgré les apparences, "Ecrit sur du vent" est une histoire intense entre deux hommes (Kyle avant de mourir se tournera vers Mitch en lui parlant de la rivière), les femmes, si séduisantes soient-elles, servant surtout à leur réunion ou leur séparation.


Vu ce film le WE dernier sur TCM,
rediff lundi 2 mars 2009 à 19h05.


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Note : 2/5 (15 notes)



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Aaaaah Dorothy et son derrick !

C'est sûr qu'elle ne risque plus de s'ennuyer !
Ce film est fabuleux et c'est vrai que question allusions sexuelles et symboles phalliques, il en est tellement truffé qu'Hitchcock en aurait certainement avalé son mac guffin devant cette blonde incendiaire !
Quant à Robert Stack, on regrette parfois qu'il se soit laissé happé par Les incorruptibles parce que c'était vraiment un acteur de grande classe...

FredMJG - 02.03.09 à 09:27 - # - Répondre -

Dorothy et son derrick !

Je suis tout à fait d'accord pour Robert Stack, je le redécouvre dans les deux films de Sirk, vraiment hot!!! Pour les allusions et symboles sexuels, je me dis qu'à l'époque, ça ne devrait accrocher personne, aujourd'hui, on a une autre lecture, génération psy...

vierasouto - 02.03.09 à 20:11 - # - Répondre -

BOB

Oh je suis persuadée qu'à l'époque aussi ils comprenaient parfaitement... vu qu'ils étaient tous obligés de ruser avec leur code Hays...
Pour le Bobby, faut le revoir itou dans Maison de Bambou de Sam Fuller où Robert Ryan (miam miam) tombe amoureux de lui !!!!! Ah ah ah c'est excellent !

FredMJG - 03.03.09 à 10:51 - # - Répondre -

Oui à BOB!

Ah! je vais donc remettre la main sur cette "Maison de bambou" que j'ai quelque part dans ma vidéothèque et que je n'ai jamais regardée... (un peu Marlon Brando brun, dans "La Ronde de l'aube", transpirant en débardeur, ça fait très "Tramway")... Merci pour ce bon conseil!

vierasouto - 03.03.09 à 14:20 - # - Répondre -

Re: Oui à BOB! et à l'autre aussi

Ben, chez Fuller, ils sont les deux Bob parfaitement charmants en kimono...

FredMJG - 03.03.09 à 17:07 - # - Répondre -

Fassbinder sur Sirk

"Les Films de Sirk libèrent la tête" avait écrit Fassbinder dans sa critique de Ecrit sur le Vent".
"Parmi les films de Douglas Sirk, il y a les plus beaux du monde" ajoutait-il. Et Mirage de la vie, est sans doute le plus beau de tous.
Bien à vous.

Emmanuel - 15.08.09 à 22:48 - # - Répondre -

A propos de Douglas Sirk

Les films de Douglas Sirk sont parmi les meilleurs mélodrames qu'ait produit Hollywood dans les années 40-50. Aujourd'hui encore, ils n'en finissent pas de faire le bonheur des cinéphiles. Le recul historique leur donne, en effet, un charme fantastique. Les histoires étaient bonnes, les acteurs étaient beaux: que fallait-il de plus pour captiver les spectateurs? Il faut quand même souligner le charisme de Robert Stack qui, dans "Ecrit sur du vent", comme dans "La ronde de l'aube", fait de l'ombre à la star qu'était alors Rock Hudson. Quant à Dorothy Malone, elle reste certainement, à travers ses troubles personnages de femme déçue, l'une des plus troublantes actrices américaines de cette période.

Black Jack - 07.01.10 à 13:46 - # - Répondre -

Re: A propos de Douglas Sirk

Bonjour! C'est vrai que je ne soupçonnais pas Robert Stack d'être si "hot" avant d'avoir vu "Ecrit sur du vent" et "La Ronde de l'aube", c'est l'égal de Brando dans le "Tramway"! Personnellement, j'ai mis un moment à m'adapter aux films de Douglas Sirk mais, comme Carlotta en a tout de même édité 3 coffrets!!!, je crois que je les comprends mieux à présent, cette manière qu'il a de faire de faux happy end est vraiment subtile. Je préfère, pour ma part, les mélodrames dits "secs" (second coffret Carlotta) moins flamboyants que "Le Mirage de la vie", par exemple, et les mélodrames allemands précurseurs qui viennent de paraître sont très intéressants aussi.

vierasouto - 08.01.10 à 19:10 - # - Répondre -

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