Portraits de femmes à Deauville : « I smile back », « Day out of days »

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Pitch

Deux portraits de femmes en compétition au 41° festival de Deauville : l'une "fait semblant" d'être une bonne mère et épouse, l'autre, actrice star à 18 ans est déjà sur la touche...

Notes

« I SMILE BACK » d’Adam Salky (compétition)

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« I smile back »

Si l’on est immédiatement agacé de l’inflation sur les écrans ciné/TV de l’utilisation de la psychose maniaco-dépressive (renommée pudiquement bipolarité) pour caractériser un personnage (Carrie dans la série « Homeland » étant l’exemple le plus invasif), on se rend compte que le sujet est autre, que cette pathologie sert d’angle de départ pour expliquer le comportement d’Elaine, dite Lainey, dont on verra ensuite qu’elle reproduit les schémas de souffrance de sa famille paternelle (l’hérédité, dit-on, saute une génération), ce père qui les a abandonnées, elle et sa mère quand Elaine avait neuf ans.

Au delà de cette pathologie (qui lui impose un traitement au Lithium à vie), Lainey est aussi une sorte de Madame Bovary du nouveau millénaire, droguée aux psychotropes, la cocaïne, l’alcool, la marijuana, le sexe avec n’importe qui, des excitants et des calmants en alternance avec l’objectif de se défouler, voire de se faire mal (on pense au très fort « Looking for Mr Goobar » beaucoup plus choc et frontal, la double vie, la souffrance en référence au martyre du corps indissociable du plaisir) et d’être ensuite capable de donner le change à son mari et leurs deux enfants.

Lainey a une famille idéale, un mari amoureux et réciproquement, deux enfants en bas âge qu’elle aime sincèrement mais les seuls sentant instinctivement le malaise maternel, surtout jeune garçon en proie aux tics et tocs. Lainey barbote dans une anxiété qui lui fait refuser par exemple, d’adopter un chien afin d’éviter le chagrin de sa mort environ dix ans plus tard… Au premier degré, cette mère de famille semble narcissique (les miroirs), et transgressive (couchant même avec le mari d’un couple dont Bruce et elle sont les intimes). Mais surtout Lainey, tandis qu’elle ne mange rien à table pour garder la ligne, se gave en cachette de substances licites et illicites : des comprimés en vrac, une ligne de coke, de la Vodka, des cigarettes au volant de sa voituré etc… Tout geste quotidien est effort et entraîne de se droguer avec n’importe quel régulateur chimique de l’humeur pour, paradoxalement, « se protéger », mettre une barrière en soi et les autres, et surtout afin d’être « à la hauteur » de la situation, en deux mots, être en mesure de jouer à « faire semblant » d’être comme tout le monde…

Le film est scindé en deux parties floues par la première cure de désintoxication que subit Lainey durant un mois dont elle sort apparemment apaisée et dont on pressent naturellement qu’il ne s’agit que d’une rémission avant la rechute.

Bien qu’on ait l’impression tout au long du film que le réalisateur n’en fait pas trop, qu’il respecte des limites à ce qu’on peut montrer sans choquer de nos jours (un film comme « Looking for Mr Goodbar » datant de 1980, au lendemain immédiat des années libertaires et libératrices, en montre cent fois plus)… c’est après la projection du film qu’on se rend compte de son impact et combien ça fonctionne : totalement flippant, en fait, sensible et douloureux, très habile dans sa construction et son crescendo. Avec toujours la force de la dimension d’inéluctable (ici, elle empreigne insidieusement tout le récit) qui transforme un drame en tragédie.

Ce film pourrait bien décrocher un prix mais pas celui du public qui a semblé ne pas apprécier (j’ai entendu des trucs incroyables comme « c’est un doc sur la drogue », « décidément, on aura tout supporté, etc…)

 

 

 

Et aussi

« DAY OUT OF DAYS » de Zoe Cassavetes (compétition)

"Day out of days"

« Day out of days »

Je n’en suis toujours pas revenue, comme on dit, de la réponse de Zoe Cassavetes en conférence de presse à une question que j’ai posée qui me semblait aller de soi, une question pour « participer et attendait, en quelque sorte, confirmation… Son film traitant d’une actrice déjà déchue à trente ans après un succès immédiat et fulgurant très jeune, je pensais que la réalisatrice avait voulu dénoncer la tyrannie de la jeunesse éternelle à Hollywood, songeant aux interviews de ces actrices américaines de plus en plus nombreuses à dénoncer la date de péremption de l’âge, qu’après 45 ans maxi, on ne vous offre plus de rôles féminins… La réponse à cette question donc « Avez-vous fait un film militant? » était NON! Zoe Cassavetes fait un film et elle pense (éventuellement) à ce qu’elle a voulu dire dans son film APRÈS! (Je passe sur la référence à « Sunset boulevard » que j’ai tenté en prologue de ma question, le film dans le film s’appelant « Wild Sunset », ZC m’a alors fait un signe en balayant l’air de sa main afin de me faire comprendre mutiquement « d’avancer » -comme jadis les profs a l’école- et de poser une question plus intéressante). Pour en terminer avec les désagréments de cette CP, son actrice et amie, Alexia Landeau, sœur de Julie Delpy, a été beaucoup plus psychologue et aimable (ayant peut-être remarqué mon air ahuri) en prenant le micro pour répondre quelque chose de crédible sur leur film : en l’occurrence, la possibilité d’une autre vie avec des choix différents à 18 ans, l’âge de Mia, son personnage, au début du film. C’était gentil mais se demander si les choix de jeunesse sont déterminants pour la suite de sa vie, pas vraiment besoin d’être Freud pour valider…

Le film a des qualités, tous les plans parfaitement cadrés, un sens de l’observation avisé, un humour acidulé, la description du milieu artistique donnant une impression de « vécu ». Néanmoins, quel pensum de revoir dans le second film de Zoe Cassavettes l’iconique hôtel Château Marmont (qui sera bientôt plus connu que LA en soi), sujet du dernier film de Sofia Coppola, autre « fille de », les deux réalisatrices sans doute à la recherche de l’ambiance des plateaux et de l’intimité des comédiens davantage que tout le reste, si j’en crois ZC se disant émerveillée par tout ce qu’elle filme et voit « derrière sa caméra » (dit en réponse à d’autres questions en CP).

Mia, 18 ans, vient de tourner avec Liam, même âge, « Wild Sunset ». Succès fulgurant, interview lisse, artificiellement joyeuse et surjouée (très bien observé), avec une journaliste qui débite des flatteries mais une vraie question en final « Comment vous imaginez-vous dans dix ans? » C’est apparemment le sujet du film. Douze ans plus tard, divorcée de Liam, Mia poursuit sa chute douloureuse du star-system à l’anonymat…

Que dire d’autre? Il m’avait semblé voir émerger un certain nombre de choses, de « messages », au delà de la somme de clichés (situations et personnages), par ailleurs, intelligemment intégrés au film, mais la réalisatrice n’a rien voulu expliquer excepté (réponse à ma question, seconde partie) que le but de son second film était essentiellement de tourner un film avec Alexia, sœur de JD, son amie et qu’elle considère comme « sa muse », dans le rôle principal.

PS.
A quoi servent les CP avec pour interlocutrice une réalisatrice semblant ne vouloir parler que des signes extérieurs du film? Atmosphère amicale et fusionnelle sur le plateau, magie du cinéma, choix des acteurs (la gentillesse de Mélanie Griffith qui a accepté le rôle ingrat de la mère barge de Mia, par exemple, est visiblement, le genre de thème qui plait), voir la BA du film et basta.

 

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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