Rencontre avec Ivano de Matteo pour la sortie des « Equilibristes »

sortie 27 février 2013

Ivano de Matteo mercredi 6 février 2013, rencontre chez Babe films 

Une rencontre cinébloggers et presse italienne avec le réalisateur Ivano de Matteo, organisée par Bellissima, distributeur du film « Les Equilibristes », également producteur du film (Babe films), se tenait mercredi près des Champs Elysées. Le film est socialement engagé, le réalisateur aussi, passionné, politisé, sans illusions sur la société. Comme d’habitude, je n’ai pas enregistré les discussions, pris seulement quelques notes, et je relate ici mes impressions.la dimension sociale du film…

Sous l’angle de filmer la chute d’un homme qui vient de divorcer après un adultère, le film traite de la paupérisation de la classe moyenne en Italie qu’on peut extrapoler à la plupart des pays considérés comme riches il y a encore quelques années. Ivano de Matteo dit quelque chose d’essentiel : la classe moyenne s’est effondrée mais était-elle aussi riche qu’on le lui a fait croire? Le film suit la descente aux enfers par paliers de Giulio, employé de mairie, qui se rend compte après un divorce non désiré qu’il n’a pas les moyens de « tout payer deux fois », l’hébergement de sa famille et le sien, leurs dépenses courantes dont il ignorait le détail puisque son épouse tenait les comptes de la famille. Une classe moyenne bercée par l’illusion de posséder avec les emprunts, les crédits, qui a vécu, en deux mots, au dessus de ses moyens, sans s’en rendre compte, avec un pouvoir d’achat virtuel. A l’occasion d’un incident de vie, Giulio revient à la réalité de ce qu’il possède vraiment : son salaire de fonctionnaire ; additionné à celui de son ex-épouse, la famille tenait le coup financièrement pour assurer son train de vie, en divisant la famille en deux, on a doublé les coûts.
——

Le réalisateur cite quelques chiffres : en Italie, 300 000 couples séparés sont obligés de vivre sous le même toit, souvent en situation de conflit, en 2012, 100 femmes ont été ainsi tuées. Le divorce n’est plus à la portée de tous.Autre angle intéressant, le problème d’une classe moyenne qui est à la fois trop pauvre pour vivre décemment et trop riche pour obtenir des allocations : ce sont « les nouveaux pauvres ». Ivano de Matteo rappelle que dans les années 50, il y avait la classe ouvrière, la bourgeoisie, la haute bourgeoisie et l’aristocratie. Aujourd’hui, plus personne ne se réclamerait d’appartenir à la classe ouvrière et on en est arrivé à l’émergence d’une classe moyenne à qui on a fait croire durant 20 ans qu’elle pouvait être riche, croulant en conséquence sous le surendettement. Le phénomène est accentué, comme dans ce film, par le fait que, son personnage principal, Giulio, a un emploi non précaire et ne se voit pas décliner.

Le films joue sur les hiatus. Tout comme Giulio découvre avec stupeur le prix des choses après son divorce (le coût exorbitant d’un appareil dentaire), Elena, son ex-épouse, et leurs deux enfants, restés ancrés dans la société de consommation, n’ont aucune idée de l’état de précarité dans lequel se trouve Giulio.

Quelques mots sur son précédent film « La Bella gente » qui, de l’avis du réalisateur était plus un film à thèse type « Theorème » de Pasolini qu’un film social (comme je le pensais…) : ici, un couple de BoBos quiquagénaire veut faire le bien en s’occupant d’une jeune prostituée dont ils ne supporteront pas l’intrusion. Ivano de Matteo revient sur ce besoin que les autres aient besoin de vous, cette attirance pour les gens qui vont mal mettant en valeur leur « sauveur », en quelque sorte.


Valerio Mastandrea et Barbora Bobulova dans « Les Equilibristes » (photo Bellissima)

quelques idées générales…

Quels réalisateurs ont influencé Ivano de Matteo? Outre qu’il admire Kubrick, Bunuel, Tarantino, son modèle demeure Ettore Scola. Si durant la rencontre certains intervenants lui reprocheront que le ton du film de léger au début sombre ensuite dans le tragique, lui, au contraire, le revendique, il cite plusieurs sois Scola qui démarre dans le sourire et termine dans le drame sans qu’on ait senti aucune rupture apparente de ton. Ainsi, une scène qui pouvait appeler à être traitée
sur le ton de la tragicomédie italienne (d’après moi… une scène où Giulio est hébergé par un collègue qui habite chez sa mère impotente) sera traitée de manière réaliste, sans aucune intention comique. Les réalisateurs italiens contemporains qu’il aime? Matteo Garrone bien qu’il soit très différent de lui.Scénariste de ses films, Ivano de Matteo écrit avec sa compagne, puis, filme avec une BO déjà composée, écouteurs sur les oreilles, son concept : suivre son « héros » comme s’il le suivait dans la vie en se cachant pour ne pas être vu, dans l’angle d’une porte, par exemple. Vers la fin de la rencontre, il se lève et mime son travail, animé par sa vision du film, la passion du détail et du plan juste. Son prochain film sera, comme celui-ci, produit par Babe films, distribué par Bellissima avec à l’affiche Valerio Mastandrea, grand acteur transalpin et son ami à la ville.

Mots clés: , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top