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« Retour de Manivelle »: le film noir français a existé, la preuve…

focus film Denys de la Patellière, 1954

Pitch

Un loser sympathique sauve un ivrogne dans la rue qui s'avère un homme d'affaires complexe. Ce dernier l'engage comme chauffeur contre l'avis de sa glaciale épouse et se suicide...

Notes

J’ai regardé ce film pour deux raisons : « Retour de manivelle » est l’adaptation d’un roman de James Hadley Chase et la présence de Michèle Morgan. Quelle découverte que ce polar français de la fin des années 50 qui n’a rien à envier aux films noirs américains : qu’il s’agisse de l’intrigue et aussi de la façon de filmer (parfois) à la manière expressionniste du film noir (par exemple, cette scène où l’on découvre la silhouette de Michèle Morgan la nuit dans le jardin, son visage dans la pénombre, promenant son chien, la dispute muette des deux époux vus derrière leurs fenêtres par le chauffeur tapi dans l’obscurité du jardin, elle servant encore un verre à son mari déjà ivre mort pour qu’il s’écroule).

Daniel Gélin (Robert Montillon dont on ne prononcera le nom qu’à la fin du film…) sauve un ivrogne qui allait passer sous une voiture à la sortie du casino. L’homme, un certain Max Freminger, est à la fois désespéré, cruel, lucide mais Robert se laisse convaincre d’être engagé comme chauffeur pour six mois. Hélène, l’épouse glaciale de Freminger tente de s’y opposer, en vain. Car Max Freminger, ayant vérifié que son épouse souhaite sa mort, les réunit en leur disant qu’il vient de changer une clause dans sa police d’assurance, en cas de suicide, sa femme, Hélène, ne touchera pas la prime, à elle, avec l’aide du chauffeur, de déguiser son suicide en crime. Sur ce, détonation, Freminger vient de se tirer une balle dans la tête. Auparavant, on nous montre Freminger paria dans son bureau à Monte-Carlo (le film se passe à Antibes dont on ne verra rien…) qu’on finit par mettre à la porte pour ivrognerie, un certain Bobin prend sa place. Quelle torrent d’injures réalistes assène alors le perdant au gagnant, les dialogues haut de gamme signés Michel Audiard osent tout sans l’humour pour lequel il est célèbre, mais quelle force!

Helène, femme fatale glaciale que n’aurait pas renié Hitchcock est prête à tout pour récupérer la prime d’assurance, d’ailleurs, elle ne s’en cache pas, petit à petit, cette femme va dévoiler son dégoût pour les hommes mais pas trop, pas avant d’avoir manipulé les uns et les autres jusqu’à ce qu’elle se laisse aller à une phrase de trop… (de « toute ma vie, j’ai été une chose qu’on achète et dont on se sert » à « qu’est-ce que vous avez tous à m’aimer? ») Michèle Morgan/Hélène, exceptionnellement belle et glaçante, élégante (en noir ou blanc ou manteau d’ocelot sur la route en pleine nuit), séductrice cynique, zéro émotion, qui annonce presque la couleur qu’elle l’utilise à Daniel Gélin/Robert, le chauffeur, devenu son amant, la nuit du suicide de son mari afin de ne pas perdre de temps. Machiavélique, Hélène Freminger a l’idée d’engager Jeanne Baylet (Michèle Mercier, très jeune, touchante), une « bonne à tout faire »(vocabulaire de l’époque) pour servir de faux-témoin dans son plan de maquiller le suicide de son mari en crime, un plan très précis et compliqué qui implique qu’elle oblige Robert à coucher avec Jeanne afin d’avoir un alibi quand il ira bricoler diverses choses comme pousser une voiture dans le ravin.

 

Et aussi

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Ce film dure presque deux heures et on est scotché à l’écran sans une minute de répit, un sans-faute : scénario, dialogues, mise en scène, casting (outre MMorgan DGélin, Michèle Mercier, Bernard Blier toujours excellent, tout en nuance, en commissaire de police).

La psychologie de la femme fatale qui a tout supporté pour gravir l’échelle sociale est tempérée par un facteur déception d’une femme détestant inconditionnellement les hommes comme suite à un évènement traumatique particulier et n’aimant dès lors que son chien ; une détestation qui va la faire sous-estimer le pouvoir mortifère qu’elle a que les hommes. En ce sens le film intègre le facteur humain, et, paradoxalement, celui qui va le comprendre est le commissaire de police… Car les codes sont respectés, il n’existe pas de happy end dans un film noir mais une succession d’échecs et de chutes, des pulsions sombres comme la nuit du jardin et des amours condamnées d’avance par la cupidité et la vengeance balayant tout sur son passage, des victimes quasiment consentantes.

Si on devait mettre un bémol mais en est-ce un? Le film est un huis-clos ou presque, la maison et le jardin, le casino, le bureau du suicidé, quelques plans sur la route, tout cela filmé en noir et blanc et la nuit aux deux tiers du temps. Juste-là tout est parfait mais il manque néanmoins un peu de personnage secondaires type la vendeuse d’un magasin, mais, finalement, je n’en suis pas certaine, l’étau se resserre sur les personnages et il y a peu de place pour des tiers dans cette atmosphère asphyxiée et délétère.

 

Diffusion

Sur OCSTV Géants

Sur OCSTV Go en catch-up (rattrapage) jusqu’à fin décembre 2015

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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