« Route Irish » : profits et pertes de la privatisation de la guerre

Ken Loach, sortie 16 mars 2011

Pitch

Un ancien SAS* persuade son meilleur ami de s'enrôler à Bagdad dans un service d'agents de sécurité. Ce dernier est tué trois ans plus tard sur la Route Irish, la plus dangeureuse d'Irak.

s conditions de la disparition de son meilleur ami Frankie, les souvenirs d’autrefois remontent à la surface car Fergus et Frankie étaient inséparables depuis l’enfance et l’école, rêvant de voyages autour du monde quand ils séchaient les cours pour aller boire un cidre sur le ferry traversant la rivière Mersey. Fou de douleur en apprenant la mort de Frankie à Bagdad, Fergus veut enquêter dans le moindre détail pour comprendre ce qui s’est passé. Il écoute son répondeur  téléphonique avec les derniers messages d’appel à l’aide de Frankie avant sa mort auxquels il n’a pas pu répondre. Le corps de Frankie a été rapatrié, n’appartenant plus à l’armée mais à une  police privée, l’homme n’a pas droit aux honneurs, ni musique nationale, ni drapeau, ni haie d’honneur.

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photo Diaphana

En 2004, Fergus qui travaille pour des services privés de sécurité à Bagdad, boulot très dangereux mais très bien payé, propose à Frankie, marié, rangé, d’en faire autant pour amasser un maximum d’argent tant qu’il est encore temps. En 2007, Fergus, rentré à Liverpool, apprend que Frankie, envoyé souvent, trop souvent, sur la route Irish qui mène à l’aéroport de Bagdad, la plus dangereuse d’Irak, a été tué dans une embuscade. Fergus intuite aussitôt qu’il s’est passé quelque chose de louche à Bagdad en son absence, à moins que son incapacité à accepter la mort de son alter ego ne lui fasse démarrer son enquête sans intuition particulière que la révolte et la culpabilité de l’avoir poussé à s’enrôler là-bas.
 


photo Diaphana

Ken Loach tape très fort avec ce film où, premier volet, il dénonce la privatisation du métier de la guerre, des soldats cher payés mais rien en comparaison de profits immenses que font sur leur dos les sociétés qui les emploient, sont envoyés au casse-pipe pour protéger des civils dans n’importe quelles conditions de danger. Certains de ces soldats privés en profitent pour se défouler sur la population locale, tuant des familles sans raison, par racisme, par sadisme, provoquant des ripostes des extréministes irakiens sur d’autres soldats, etc…  Que l’un d’eux remette cette violence en question et il est éliminé afin de l’empêcher de  parler. Paul Laverty, le scénariste du film, rappelle l’ordonnance 17 en vigueur entre 2003 et 2007 qui donnait l’impunité
vis à vis de la loi irakienne à tous ces mercenaires pour leurs crimes et exactions. 

Second volet plus classique, le stress post-traumatique, le retour des soldats chez eux, incapables d’assumer ce qu’ils ont fait durant la guerre, en perte d’identité. Troisième volet plus intime, les relations fusionnelles entre les deux hommes qui partageaient tout y compris les femmes comme une certaine Marisol, excepté  Rachel, l’épouse de Frankie, qui avait refusé de comprendre qu’il était surtout parti pour Bagdad pour rejoindre Fergus. A noter que c’était Fergus qui avait présenté Rachel à Frankie.

 


photo Diaphana
 
Le film est violent, physiquement, moralement, les personnages de Fergus et Frankie ne sont pas des  surhommes mais des hommes ordinaires devenus marginaux parce que la guerre les a démolis intérieurement, inaptes à se réadapter à une vie normale ensuite, pire, versés dans une spirale d’auto-destruction expiatoire. Une fois le mystère levé sur la mort de Frankie, enquête rageuse qui le maintenait en vie, Fergus n’a plus d’avenir, aucun projet, incapable d’accepter l’aide de Rachel sauf pour la partager, posthume, un peu, avec Frankie tandis qu’elle prend peu à peu conscience du peu de place qu’il restait pour une tierce personne dans la relation passionnée entre ces deux hommes à la vie à la mort.Après le tiède « Looking for Eric », dernier film du réalisateur égaré dans une comédie de commande, que j’avais modérément apprécié, d’autant que je ne suis pas fan de Cantona reconverti en acteur, à l’origine du projet, on retrouve un grand Ken Loach qui a su, de surcroît, se renouveler.

*SAS : Special Air Service : unité de forces spéciales de l’armée britannique

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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