« Skoonheid » (« Beauty ») : trop beau pour toi

UCR/Queer Palm/Cannes2011, Oliver Hermanus, sortie 12 octobre 2011

Pitch

Lors du mariage de sa fille, un industriel sud-africain, père de famille rangé, tombe amoureux du fils de son frère qu'il n'avait pas revu depuis des années. Obsédé par sa passion, il perd peu à peu le contrôle sur sa vie.

Un Certain Regard/CANNES2011
« Skoonheid » (« Beauty »), présenté dans la section Un Certain regard, a obtenu cette année la Queer Palm au 64° festival de Cannes, un prix mis en place depuis l’année dernière où il avait été attribué à Gregg Araki pour « Kaboom », beaucoup plus léger comme atmosphère. Second long-métrage du réalisateur sud-africain Oliver Hermanus, les dialogues sont en Afrikaner, ce qui déroute un peu au début.

 

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Vu de l’extérieur, François est un industriel modèle, rangé, une épouse pipelette qui l’assomme mais qu’il supporte volontiers, une fille qu’il vient de marier. Mais justement au mariage de sa fille où se sont déplacé son frère, sa belle-soeur et son neveu, qui habitent au Cap à 15 heures de voiture de Bloemfontein et qu’il n’a pas vus depuis des années, François tombe éperdument amoureux de Christian, son neveu trop séduisant, étudiant en droit dilettante, mannequin pour des pubs. Le film montre François dans un était proche de la sidération quand il aperçoit Christian, et, tout au long du film, on joue avec les silences pesants, avec le son.

 

C’est un film étonnant car rien de ce qui arrive n’est convenu, attendu. Immergée un pseudo-temps réel qui enlise vaguement le spectateur dans un train-train, sommeille une violence sourde d’un homme qui a tout contrôlé toute sa vie, sur le point d’exploser. Bien qu’on donne tout de suite un indice, François est un ancien alcoolique, sa femme et son médecin le surveillent, lui demandent s’il ne s’est pas remis à boire. Cet homme en hypercontrôle à une tendance à l’addiction et il va passer de l’alcool à la passion destructrice.

 

photos MK2 

 

Le film est troué de deux scènes choc comme des coups de feu, la première étant plutôt une mise en place de la seconde, François aurait une double vie ignorée de tous, vivant son homosexualité presque en cachette de lui-même, ne l’assumant que dans certaines conditions ritualisées. En cela, la fin du film est intelligente et suprenante, soudain, François, qui a perdu la tête pour Christian, n’a pu lui dévoiler son désir que dans des conditions extrêmes et violentes, humiliantes pour les deux partis, voit un couple gay heureux dans un restaurant et ce bonheur lui saute au visage comme une possibilité qu’il n’avait jamais envisagée, un schéma dont son dégoût de lui-même l’a privé même en imagination.

 

Malgré ou grâce à sont tempo lent, le film est choc, percutant, fait réfléchir, le personnage de Christian, aimable avec tout le monde, souriant, est cruel, futile, superficiel, ayant l’habitude de susciter le désir, il ne s’intéresse pas assez aux autres pour s’en rendre compte, de son oncle, il ne verra rien d’autre qu’un type de l’âge de son père qui a plus d’argent que son père, une relation à ménager sans plus. La cruauté tranquille et la provocation passive de la beauté, le titre du film. Ceux qu’on voit dans la foule, comme nimbés de lumière, et les autres, quelconques, invisibles, disqualifiés d’entrée de jeu avec des désirs aux dessus de leurs moyens (thème Houellebecquien par excellence). 

publié le 1er juin 2011

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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