« The Counselor » (« Cartel ») : polar existentiel

focus film Ridley Scott, sortie 13 novembre 2013

Pitch

La descente aux enfers d’un avocat pénal persuadé qu'il est assez malin pour empocher l'argent facile du trafic de drogues d'un cartel à la frontière américano-mexicaine sans avoir à en assumer plus tard les conséquences.

Notes

Quand on va voir « Cartel » de Ridley Scott, on s’attend un peu à une version plus raffinée de « Savages » d’Oliver Stone ou quelque chose dans ce genre, il n’en est rien. A noter que le titre anglais « The Counselor » (l’avocat) aurait été déjà une piste plus claire pour le spectateur : la descente aux enfers d’un avocat qui croit pouvoir s’offrir une part du gâteau d’un odieux trafic de drogue sur fonds de cartel Colombo-Mexicain. D’ailleurs, la première scène déconcerte tout de suite : une scène très sexuelle de l’avocat et sa petite amie, doit-on en déduire que cette femme-là dont il est amoureux va lui coûter si cher qu’il va être obligée de chercher de l’argent « facile »? Je ne vois pas d’autres explications et pourtant ce n’est pas la bonne!

Tout au long du film, des dialogues bavards à n’en plus finir sur le sexe et le « sens de la vie », c’est fifty-fifty, des hommes qui se racontent à d’autres hommes… Reiner (Javier Bardem), homme d’affaires véreux, est intarrissable sur Malkina (Cameron Diaz), sa férocité et ses préférences sexuelles, comme cette scène insensée où on montre Cameron Diaz trouvant l’orgasme en faisant le grand écart sur le pare-brise de la voiture de Reiner… Car les conversations du film renvoient souvent à des petites scènes en flash-back de ce dont on est en train de parler, Reiner raconte à l’avocat la scène de la voiture et on la montre, par exemple.

Mais, au delà de la surprise de cette logorrhée qu’on attendait pas dans ce genre de film qu’on croyait de genre (polar mafieux), le grand problème de ce récit, c’est l’exhibition d’une galerie de personnages spectaculaires (visuellement, en fait, peu caractérisés), chacun très sophistiqué, intéressant potentiellement (on en restera là), mais dont, surtout, le spectateur ne voit pas bien leurs relations réelles entre eux, excepté sous l’angle de tout ces bavardages, sauf, bien entendu, la relation amoureuse du couple de l’avocat avec Laura (Penelope Cruz), seul personnage pur, angélique, dont on sait pas grand chose non plus, qui semble créé ici pour faire la différence avec les autres, tous pourris.

Et aussi

photo Fox

Un avocat (Michael Fassbender), surestimant son intelligence de la vie, décide de faire affaire avec un certain Reiner (Javier Bardem), patron dépravé de boites de nuit, businessman de la drogue en coulisses, une histoire de trafic géant avec cartel et folklore latino (l’ambiance latino est réussie, paysages accablés de chaleur et poussière, peaux tannées et sueur, etc…) Reiner est amoureux, lui aussi, d’une prédatrice, Malkina (Cameron Diaz), dont il sait bien au fonds qu’elle va l’entraîner en enfer (on l’imagine à quelques phrases de confidences qu’il fait à l’avocat). Le personnage de Malkina est sans doute le plus intéressant de tous, dans la lignée de la femme fatale, que rien ne motive excepté l’objectif de posséder ce qui lui a manqué autrefois (pire que tout, elle n’est pas dupe, disant « le manque, c’est l’espoir d’un retour mais ça ne revient pas… »), et, aujourd’hui, Malkina veut ce qu’elle estime « lui revenir », aimant par dessus tout la chasse, d’où sa passion pour les guépards, elle-même ayant le dos tatoué comme un félin. Quant au personnage de Westray (Brad Pitt), il s’agit d’un intermédiaire (un rôle flou), qui, plus encore que Reiner, sait qu’il aurait dû se retirer des affaires plus tôt. La grande différence entre l’avocat et Reiner, Westray, c’est que le premier, empêtré dans son arrogance et sa suffisance, ne sait rien, que les autres, eux, connaissent le danger et le mettent en garde, à croire qu’ils sont là pour ça dans le scénario, prévenir le héros déchu qu’il fait les mauvais choix et que ça se paye…Westray dit à l’avocat ce que je suppose la clé du film « vous pensez pouvoir vivre dans ce monde sans en faire partie? » On aura remarqué qu’on a basculé depuis bien longtemps dans une sorte de polar existentiel où l’histoire, le peu d’histoire, est essentiellement prétexte à deux choses : faire passer des idées le plus souvent nihilistes sur la noirceur de l’âme humaine, l’irreversibilité des mauvais choix de vie, et exhiber des portraits flamboyants interprétés par des stars. Sans oublier le piment violence extrême surtout vers la fin du film, histoire de faire réaliste…

C’est alors qu’on lit le dossier de presse, et si on l’avait lu avant, aurait-on osé critiquer un scénario tout neuf de l’écrivain prix Pulitzer (« La Route ») Cormac Mc Carthy? Ses livres cultes et souvent adaptés à l’écran dont le magnifique « No country for old men », comment se fait-il qu’ici, l’écrivain ayant lui-même décidé d’écrire un scénario directement entre deux livres, ça ne marche pas? Comment surtout le réalisateur Ridley Scott n’a pas corrigé le tir? Il semble que tout le monde (acteurs à Hollywood, producteurs) se soit précipité pour être dans un film d’après Cormac Mc Carthy, perdant alors tout sens critique?

Le casting, néanmoins, est le point fort du film, si on attendait des prouesses du côté de Javier Bardem et Michael Fassbender, c’est Cameron Diaz et Brad Pitt, en contre-emploi, qui sont bluffants, surtout elle, c’est la première fois que je la trouve vraiment crédible dans un rôle, elle met le paquet, on en est même a regretter que le film ne soit pas un portrait de femme fatale parce que l’avocat, on s’en fiche un peu…

 

photo Fox

 

Notre note

(2 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top