the-fury-01-hr

« The Fury » (Furie), un film hybride et atypique

DVD Brian de Palma, 1978, sortie DVD 23 octobre 2013

Pitch

Une organisation secrète commandite le meurtre de Peter Sandza afin de kidnapper son fils, Robin, doué de pouvoirs parapsychiques. Un an plus tard, Peter, qui a réchappé à l'attentat, est de retour à Chicago, à la recherche de son fils.

Notes

 

 

Carlotta poursuit l’édition des films de Brian de Palma, après « Blow out » et « Pulsions », sortis récemment en DVD, « Obsession » repris en salles en septembre, voici « The Fury » (1978), un film moins connu et moins prisé du réalisateur de « Carrie » (1974), son film précédent, dont le succès lui avait ouvert les portes des producteurs.

Pourquoi « Furie » de De Palma n’a pas eu le succès escompté lors de sa sortie alors que le réalisateur avait obtenu de gros moyens financiers en raison de l’audience son film précédent, « Carrie, au bal du diable »? C’est la question qu’on se pose en regardant ce film aujourd’hui, 25 ans après sa sortie. Comme dans « Carrie », on va trouver dans « Furie » une jeune fille pas comme les autres, possédant des dons parapsychiques, notamment la télékinésie, persécutée par ses camarades de classe. Mais si « Carrie » était un film franchement horrifique (avec une lente mais linéaire progression), « Furie » est un film hybride, multi-genres, et c’est ce mélange des genres qui a vraissemblablement posé problème à la critique, aux spectateurs…

Le film démarre en Israël par une tuerie sur la plage et un kidnapping, une scène un peu James Bond, un ton que le film abandonnera aussitôt (pas tout à fait) car il s’agit surtout d’un passage d’introduction. Peter Sandza (Kirk Douglas) s’apprête à retourner aux USA après 20 ans loin de chez lui, son associé fait mine de le regretter, aussitôt après, il organise le meurtre de Peter et l’enlèvement de son fils Robin, un ado surdoué dont il a reperé les pouvoirs de médium. Mais Peter en réchappe et a le temps de comprendre la trahison de son associé, Childress (John Cassavetes), qu’il blesse par balles au bras. Le vrai film commence quand Peter est de retour à Chicago à la recherche de son fils Robin. Ayant engagé un détective privé, il est repéré par l’ennemi, obliger de se travestir, de se cacher. Peter se lie alors à Hester, une infirmière qui travaille à l’institut Paragon de recherche sur les phénomènes parapsychiques.

Et aussi

Quand on décortique ce film, on se rend compte d’un certain nombre d’invraissemblances, d’un scénario lacunaire où tout n’est pas cohérent, loin de là, mais on est scotché par l’incroyable mise en scène et, durant le film, ça passe très bien, c’est après qu’on redescend sur terre en se disant « tout cela n’est pas très crédible, ça démarrait comment, au fait? »Peter à Chicago, voici en parallèle Gillian (Amy Irving), ado aux pouvoirs de médium, sorte d’alter ego de Robin avec qui elle peut communiquer par télépathie, à sens unique, en fait, le localisant dans ses visions. Gillian qu’on découvre en maillot de bain avec une amie (Melody Thomas qui jouait Marnie, enfant, dans Hitchcock), sa seule amie, puis, au réfectoire du collège où elle est agressée par le groupe des camarades qui refusent sa différence. Gillian, terrifiée par ses pouvoirs maléfiques de faire saigner les gens qu’elle touche, sa mère, la camarade agressive du collège, se réfugie à l’institut Paragon afin de se soigner et d’avoir la paix. Hors, elle servira de cobbaye, comme Robin avant elle. Ici, dans une certaine mesure, on mixe deux ambiances : primo, celle de la main-mise du « méchant » d’un James Bond (encore!), à la tête d’une étrange organisation secrète, sur l’institut Paragon où il recrute ses victimes aux pouvoirs parapsychiques pour les instrumentaliser ; secundo, celle Hitchockienne d’une jeune femme prise au piège, enfermée dans univers trop feutré, trop silencieux (la chambre excessivement fleurie, les murs, les tissus), atmosphère angoissée, claustrophobique, portes fermées, chuchotements, vrais/faux médecins. L’histoire bascule sur Gillian qui prend alors toute la place ou presque.

Pourtant, on n’en reste pas là, le film s’offre un nombre incalculables d’effets (Kirk Douglas tire au ralenti, le son remplacé par de la musique, par exemple), des scènes action, la poursuite en voiture, la mise à sac d’un manège par Robin et les fameuses dernières scènes horrifiques au nombre de deux (dans une seconde maison cadenassée, à la campagne) où, l’un après l’autre, Robin, puis, Gillian, qu’on a transformé malgré eux en machines de guerre surentraînées, vont distribuer la mort. Dans un bonus du DVD, on suggère que le spectateur de l’époque était déçu que Gillian n’arrive à rien de positif alors qu’on s’attendait à ce qu’elle sauve au moins Robin. D’autant qu’on accumule les morts, les accidents, les suicides… Un scénario très sombre, aucune rédemption, aucun espoir que de tout faire sauter… Dans un autre bonus, le prologue du DVD, on donne la clé du film (et du cinéma de De Palma en général) : le thème du surdoué, et, considéré comme tel par l’entourage, qui finira mal, la chute de ceux qui ont un pouvoir, le frère de Brian de Palma, Bruce de Palma, petit génie, enfant, ayant correspondu à ce modèle de l’enfant surdoué qui, adulte, aurait mal tourné.

Casting étonnant aussi avec un acteur du Hollywood classique, Kirk Douglas, et Amy Irving, alors la compagne de Spielberg, qu’on avait déjà vue dans « Carrie », et, en bonus, John Cassavetes en méchant…

PS. quand on voit la définition de la Furie* dans la mythologie, on voit que Brian de Palma n’avait pas les idées très claires quand au véritable sujet de son film où ses héros sont présentés comme des victimes transformées en bourreaux et non pas des persécuteurs nés.
* les Furies sont des divinités romaines persécutrices correspondant aux Érinyes grecques… 


Amy Irving et Melody Thomas

Diffusion

Editions Carlotta, sortie DVD 23 octobre 2013

BONUS.
– Interviews d’époque (promo du film 1978) avec Brian de Palma, Amy Irving, Frank Yablans, Carrie Snodgress
– « Du sang sur l’objectif » (26′)
– « Histoires de pivotage » (13′)
– « Journal de tournage » (46′) de Sam Irvin, élève en cinéma en 1977, devenu ensuite assistant de De Palma, puis, cinéaste, qui avait passé 8 jours sur le tournage du film (très intéressant)
– « Double negative » (13′)

Notre note

3 Stars (3 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top