« The Informers » : ex-fan des eigthies et ses idoles

Gregor Jordan, 2009, sortie direct DVD

Aux Etats-Unis, le film n’a pas fait long feu dans les salles, déjà sorti en DVD, après l’avoir vu, on peut se demander l’intérêt de sa sortie en France pour un flop annoncé malgré son casting en or massif et le crédit de Brest Easton Ellis, puisque c’est l’adaptation d’un de ses livres de nouvelles (« Zombies », 1993), projet dans lesquel l’écrivain s’est investi en tant que co-scénariste pour abdiquer ensuite avant son terme. 40 minutes du film auraient été supprimées au montage qui auraient sans doute au moins donné une colonne vertébrale narrative au film au lieu de ce fourre-tout creux et inerte misant sans doute qu’une ambiance générale brouillonne, indolemment sulfureuse, suffira aux fans de l’écrivain qui combleront les vides, en deux mots, autant lire le livre.

L’ombre de BEE (ou plutôt la caricature de l’idée qu’on se fait de l’écrivain) plane donc sur ce film exangue et insipide composé de la juxtaposition de tranches de vies (

se recoupant mollement, pas toujours) d’un microcosme de happy few dans le LA des années 80. La BEE touch que propose ce film, ce sont ces gens tous plus beaux, riches et défoncés les uns que les autres errant d’une partouze à un resto chic, où seuls quelques conflits les réveillent un moment d’un incommensurable ennui. La mère cliché riche et oisive (Kim Basinger) dans sa  luxueuse chambre immense, les traits tirés, se gavant de pilules anxiolytiques au lever, donne son congé à Martin, amant vénal et copain de son fils, car son mari va rentrer à la maison pour éviter les frais de divorce ; au restaurant en famille, l »époux regrette déjà sa maîtresse, une célèbre présentatrice télé (Winona Ryder) qu’il va rejoindre aux toilettes. La fille de l’époux prodigue s’en inquiète, c’est bien la seule, tente de sensibiliser son frère Graham plus préoccupé de surveiller sa bombe de girl-friend Christie avec qui il décortique si coucher avec Martin dans le cadre d’une partie à trois c’est le tromper ou pas, etc… La télé parle des premiers cas de SIDA, plus tard, Christie s’inquiète, la voix pâteuse, de tâches sur son corps.
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Pendant ce temps, uncle Pete (Mickey Rourke) débarque chez un pauvre type qu’on a vu veilleur de nuit se rêvant acteur dans un hôtel accueillant une rock star pastichée qui ne sait pas où elle habite. Plaisir de revoir  Mickey Rourke avec sa musculature de « The Wrestler » (une photo  aurait suffi, vu la minceur de son rôle) des lunettes fumées vissées sur le nez, une mineure dans son van, profession occasionnelle kidnappeur d’enfant… Le film débute par une soirée genre Hollywood avec piscine et tout le cirque quand un des minets doré sur tranche se fait rouler dessus par une voiture au parking, ça casse l’ambiance, à l’office funèbre, la mère dit que ce qui la console c’est que son fils possédait tout, matériellement parlant, elle fait passer son disque préféré, une daube des années 80. Ensuite la bande de copains parle du mort que personne ou presque ne regrette, la plupart pensent tout haut que c’était un con, qu’il faut passer à autre chose, la même chose, la fête, la drogue, le sexe, les petits deals paresseux, les réveils gueule de bois, les inconnus dans son lit le matin, de ceux qu’on fait virer par les vigiles de l’hôtel.
 

    

Au name-dropping, marque de fabrique de BEE, le réalisateur oppose le « name-casting » avec un échantillon représentatif des ex-stars des eighties comme caution : Mickey Rourke, Kim Basinger, Winona Ryder, Bill Bob Thornton, mixés aux stars en devenir des années 2000 comme Amber Heard, magnifique poupée blonde passant son temps nue à l’écran. Cependant, il semble qu’on ait fait ici la confusion entre le seul paraître et la pensée de BEE, fait l »économie de représenter mal de vivre, fêlure, désespérance, débauche triste d’une golden génération à la dérive pour se contenter (paresse du réalisateur, apathie des acteurs, difficulté de la représentation du désenchantement snob?) de quelques plans scintillants de la ville et de l’exhibition d’un casting glitter pimenté de sex, drog et pop eighties censés combler le vide abyssal d’un scénario fantôme.
 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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