« The Woman in the window » (« La Femme au portrait ») + « Scarlet street » (« La Rue Rouge ») : Frizt Lang St

Fritz Lang, 1945, 1946, sortie DVD 2 décembre 2009

Wild side video inaugure avec « Jeux de Lang » (on appréciera le titre… ou pas… )
pour Fritz Lang une nouvelle collection de prestige : les coffrets « Classics confidential » à destination des cinéphiles avec deux DVD, un livre de cinéma inédit sur le réalisateur et un certain nombre de documents comme des photos. « La Femme au portrait » et « Rue rouge » tournés successivement par Fritz Lang en 1945 et 1946 peuvent être considérés comme deux films jumeaux en miroir : le même casting : Joan Bennett et Edward G. Robinson, ce dernier dans deux rôles de mari middle class middle age pas heureux en ménage, et dans les deux cas l’évasion par la peinture, le portrait vu dans la vitrine ou le hobby de peindre en secret.
   

 

« The Woman in the window » (« La Femme au portrait »)

New York en été. Après avoir mis sa femme et ses enfants dans le train pour les vacances, Richard Wanley, professeur en psychologie criminelle, passe à son club y retrouver des amis, un médecin et un procureur. Dans la devanture, il aperçoit un portrait de femme qui le fascine… Il lui semble ensuite que le modèle sort du portrait… Les trois quadragénaires boivent un verre et plaisantent sur l’âge nécessaire pour s’offrir des aventures, Wanley se déclare trop vieux et refuse de les suivre se distraire, arguant devoir se coucher tôt. Demeuré seul au club, Wanley revoit la femme du portrait, oubliant ses bonnes résolutions, il accepte aussitôt de se rendre chez elle dans un petit hôtel de Broadway. Malheureusement, un inconnu survient les agresser violemment, la jeune femme fait passer à Wanley une paire de ciseaux et le sage professeur poignarde à mort l’intrus. Avec un calme étonnant, Wanley organise ensuite la dissimulation du cadavre en répartissant les rôles, il ira jeter le corps dans la campagne la nuit en voiture pendant que la jeune femme fera disparaître les empreintes dans l’appartement, ils ne se reverront plus…
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photo Wild side video

Un grain de sel dans les rouages va précipiter Wanley dans l’angoisse, il s’est blessé à la main sur un fil barbelé, à son retour, le procureur ami est surexcité par la disparition d’un milliardaire, c’est le même homme dont on va retrouver le corps là où l’a laissé Wanley… Comble du sadisme, le procureur emmène le lendemain Wanley l’accompagner sur les lieux du crime « pour lui changer les idées » où l’inspecteur de police remarque immédiatement qu’il a une blessure à la main… Pour couronner le tout, un maître chanteur se pointe, Wanley et la jeune femme se revoient pour organiser leur défense songeant à un second meurtre. Jusqu’à quand le mari modèle qui attend les coups de téléphone de la femme au portrait devant les cadres des photos de son épouse et de ses deux enfants va-t-il tenir le coup? Combien va-t-il payer ce moment d’égarement?
La double fin de ne convainc pas vraiment… C’est un peu la démonstration du péché commis par pensée ou par action, Wanley en réchapperait ou peu s’en faudrait… La femme ici est ambigüe, ni garce ni gentille, c’est une rouée qui en a vu d’autres, séductrice professionnelle représentant la tentation, on n’en saura pas plus. En fait, ni le personnage de la femme au portrait ni ses relations avec Wanley ou les autres hommes ne sont développées, le sujet est autre, c’est la culpabilité du mari fidèle par habitude que le départ de son épouse a libéré d’un poids au point de regarder d’autres femmes et le surtout prix de cette tentation. Une fois encore, on note l’image sombre qu’a Fritz Lang du couple où au mieux on meurt d’ennui…

« Scarlet street » (« La Rue rouge »)

Un des plus beaux films de Fritz Lang où Edward G. Robinson est bouleversant. Un film noir très noir, sombre comme le péché, l’histoire d’un loser, un pauvre type qui s’octroie le droit de rêver à une autre vie un soir qu’il a été transporté de son modeste logement de Brooklyn dans un restaurant trop chic… 


photo Wild side video

Un banquet à Greenwich village pour fêter les 25 ans de carrière du comptable Christopher Cross* à la banque, le patron de la banque lui offre une montre en or et un cigare qu’il allume, Chris est le troisième fumeur et le patron s’amuse de lui demander s’il n’est pas superstitieux… Puis le patron file avec une jeune blonde superbe que les employés peuvent admirer de la fenêtre du restaurant. Ainsi, le grand boss trompe sa femme, c’est possible.. Tous les éléments du drame sont posés. Dans la rue, Chris va sauver la mise d’une prostituée en train de se faire frapper par son mac mais il ignore qu’elle le connaît, il en tombe aussitôt amoureux. Second époux d’Adèle, une mégère qui lui interdit de peindre ailleurs qu’enfermé  dans la salle de bains, pleure son défunt mari dont le portrait trône au salon et lui fait faire la vaisselle en tablier à dentelle, Chris s’était résigné à la supporter jusqu’à sa recontre avec Kitty.
Kitty, jolie, stupide mais pas vénale, est forcée par Johnny, son mac, de soutirer de l’argent à Chris qu’elle croit un peintre célèbre. Car Chris a menti à Kitty lors de leur rencontre, dans la rue rouge, en sortant du restaurant, il s’est octroyé exceptionnellement le droit de rêver tout haut : à une jeune et jolie femme au lieu de l’odieuse Adèle, à une carrière de peintre et non pas de caissier… Johnny, persuadé par Kitty que les tableaux de Chris valent de l’or, va les vendre dans son dos, signés par Kitty, d’autant que le hasard a fait qu’un critique d’art s’est entiché de sa peinture…

Deux personnages sont purs malgré tout : Kitty raide dingue de Johnny de qui elle accepte tout. Chris que l’amour de la peinture conduit à se réjouir qu’ils soient reconnus même sous un autre nom que le sien. Le film est si retors qu’un innocent va être condamné pour meurtre et le meurtrier réel s’en sortir ou à peu près sauf que l’innocent méritait moralement la prison et le coupable la clémence compte tenu de leur vie et leurs bonnes et mauvaises actions…

Dans les deux films, « La Femme au portrait » et « La Rue rouge », Lang sauve son anti-héros de la mort, d’un suicide raté… Mais il va plus loin dans « La Rue rouge », beaucoup plus noir, rouge et noir, Chris ayant échappé à la chaise électrique sera son propre bourreau, hanté par les fantômes de la culpabilité. Le réalisateur va même si loin dans la réécriture de la justice qu’il règle son compte à Adèle en faisant revenir le premier époux qui n’était pas mort noyé, comme on le croyait… La mise en scène est d’une modernité parfois étonnante, ces nuits de Chris Cross dans une sinistre chambre d’hôtel après la mort de Kitty à entendre en boucle comme un cauchemar sa voix rauque sussurer à Johnny qu’elle l’a dans la peau, à lui qu’il lui faisait horreur…

Il paraît que ces deux films étaient les préférés du réalisateur parmi ses films américains… Ce personnage de mari  docile, dévitalisé, castré, victime d’une épouse tyrannique qu’il rêve de tuer, le touche… On a dit que la première épouse de Fritz Lang en Allemagne était morte dans des conditions non élucidées… Dans les deux films, un homme entre deux âges  subissant un mariage raté, la rencontre avec une jeune femme plus ou moins prostituée, la culpabilité de vouloir de débarrasser de l’épouse asphyxiante. Quand le couple selon Fritz Lang  ne ressemble pas au purgatoire comme dans « La Femme au portrait », il est proche de l’enfer de « La Rue rouge ».


* Chris(topher) Cross jeu de mot avec Criss-cross (entrecroisement).
Autres critiques de films de Fritz Lang…

 

Notre note

(3 / 5) (5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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