« Une Histoire de fou » : la mémoire de l’Arménie

focus film Robert Guédiguian, sortie 11 novembre 2015

Pitch

En 1921, Soghoman Thelirian, toute sa famille exterminée, est acquitté à Berlin pour avoir abattu le responsable du génocide arménien. 60 ans plus tard à Marseille, Aram part s'enrôler à Beyrouth dans l'Armée de libération de l'Arménie

Notes

Berlin 1921, Soghomon Thelirian (Robinson Stévenin, sobre, crédible) dont la famille a été entièrement massacrée tue de sang-froid dans la rue le ministre Talaat Pacha, responsable du génocide arménien. Soghomon veut être jugé afin de révéler au monde le génocide arménien, hors, bien qu’il dise la vérité sur son geste, malgré les injonctions du procureur général, le jury populaire fait fi de l’histoire individuelle et l’acquitte pour la portée de son geste, c’est la première reconnaissance publique du génocide arménien. Mine de rien, on filme un plan rapide sur une affiche d’un certain Hitler…

Marseille 1971, soit soixante ans plus tard, un couple d’origine arménienne tient une épicerie orientale. Comme la plupart des immigrés de première génération, Hovannès (Simon Abkarian) et Anouch (Ariane Ascaride) ont surtout cherché à s’intégrer, à oublier ; de l’Arménie, il ne leur reste que quelques fêtes et spécialités culinaires et vestiges de la langue parlée surtout par les grand-parents (la mère d’Anouch). Mais leur fils Aram (Syrus Shahidi) est choqué par cette résignation de ses parents, il s’enfuit et rejoint l’Armée de libération de l’Arménie à Beyrouth. Auparavant, il commet son premier attentat politique : tirer à Paris sur la voiture de l’ambassadeur turc. Malheureusement, une victime collatérale en la personnage de Gilles Tessier (Grégoire LePrince-Ringuet, toujours aussi excellent) qui passait par là en vélo va paradoxalement changer le cours des choses. Paralysé, sa vie fichue, Gilles est en colère. Mais Anouch, la mère d’Aram, vient lui demander pardon à l’hôpital au nom de son fils et du peuple arménien. Le chemin sera long mais, finalement, Gilles, qui ignorait tout de l’existence de l’Arménie, se documente inlassablement jusqu’à devenir un spécialiste de la question, acceptant ensuite la proposition insensée d’Anouch de rencontrer son fils Aram à Beyrouth.

photos Diaphana

photos Diaphana

 



Et aussi

C’est une oeuvre de fiction où tout est romancé mais crédible car s’appuyant sur des éléments solides de l’Histoire et l’histoire individuelle vraie comme celle de Gilles Teissier (il a existé un cas semblable). Bien que ce soit le troisième film du réalisateur sur l’Arménie (« Voyage en Arménie », « L’Armée du crime » avec Simon Abkarian, magnifique, qu’on retrouve ici dans le rôle du père), Robert Guédiguian a choisi de s’intéresser à l’après génocide arménien : 1921, l’acte fondateur, 1971, le réveil des consciences des nouvelles générations qui ont connu 1968.

Ainsi, le film traitant de l’Arménie, en premier lieu, mais plus spécifiquement des conséquences du génocide sur un peuple exterminé, chassé de chez lui, le réal traite intelligemment (on peut faire confiance à Guédiguian) et universellement de l’exil, la terre nourricière perdue, la mémoire du massacre, la perpétuation de la culture (ici, dans la diaspora arménienne éparpillée dans le monde entier). Le réalisateur s’intéresse plus spécifiquement aux lendemains du drame, et, plus largement à l’intégration d’une population victime d’une catastrophe dans un pays d’accueil, comment ne pas perdre identité et mémoire tout en cherchant à s’intégrer pour mener une vie moins douloureuse?

Quand je suis sortie de « L’Armée du crime », j’ai eu envie de remercier Robert Guédiguian, intellectuel engagé et politisé, il a toujours su conserver l’humain dans ses films, il a conservé ici cette tendresse pour ses personnages, même défaillants, tout en ne faisant pas de concession sur l’état du monde et de la pensée, appelant au devoir de mémoire, cette mémoire qui est, avec sa culture, tout simplement l’essence de la survie d’un peuple.

« Une Histoire de fou » a été présenté en sélection officielle (séance spéciale) au dernier festival de Cannes.

 

 

 

Annexe

FICHE TECHNIQUE

ACTEURS
Simon ABKARIAN, Ariane ASCARIDE, Grégoire LEPRINCE-RINGUET, Syrus SHAHIDI, Razane JAMMAL, Robinson STEVENIN, Siro FAZILIAN, Amir EL KACEM, Rania MELLOULI, Hrayr KALEMKERIAN, Rodney HADDAD, Lola NAYMARK, Serge AVÉDIKIAN

Réalisation Robert GUÉDIGUIAN
Scénario Robert GUÉDIGUIAN et Gilles TAURAND

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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