"Woman on the beach" : épreuve physique de l'amour

Hong Sang-soo, sortie 20 aout 2008

 

Second volet du diptyque de Hong Sang-soo démarré cette semaine en salles avec « Night and day » (sortie le 23 juillet), ce film est exactement sur le même thème, seul le pays change, dans le premier opus, c’était de Seoul à Paris, dans le second, de Seoul à une plage isolée du sud de la Corée. Un homme, en proie avec les intermittences du coeur et du corps, à la recherche de son identité sentimentale qu’il intègre dans un processus créatif, le premier est peintre, le second (dans « Woman on the beach », sortie le 20 aout) cinéaste. Dans les deux cas, les scénarios sont semi-improvisés, pas terminés à dessein au début du tournage (d’après les interviews du réalisateur), les acteurs participant également à la construction de leur personnage, ce qui donne l’effet recherché d’un grand naturel, de la chronique de la vie coréenne au quotidien avec tous les détails omis dans les films traditionnels.

 


photo Sophie Dulac distribution
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Un trio part pour une plage en hiver à Shinduri, au sud des côtes coréennes, contraste d’un paysage polaire à la plage qu’on attendait ensoleillée, une station balnéaire déserte et désertée par les touristes avec ses hôtels et ses restaurants vides. Kim Joong-rae, réalisateur renommé, convainc son chef décorateur Chang-wook de l’emmener en voiture de Seoul à Shinduri pour écrire le scénario de son prochain film au calme. Le second, à la fois ami et subalterne, y met une condition, se faire accompagner par sa petite amie Moon-sook, le pauvre en reviendra seul… Les films de Hong Sang-soo sont cruels, son personnage principal pas loin d’être antipathique, d’une grande lâcheté avec les femmes pour ne pas dire parfois odieux.Dès le voyage en voiture,

Joong-rae, le réalisateur, veut Moon-sook, la chanteuse débutante, n’hésitant pas à démolir son ami devant elle. Séduite, à la fois par l’homme et sa notoriété, malgré la goujaterie à peine dissimulée du séducteur, la jeune femme abandonne facilement le premier pour le second, scène cruelle où le nouveau couple donne rendez-vous au cocu en pleine nuit sur une plage alors qu’ils s’enlacent sur une autre. Après une nuit d’amour, le réalisateur ne sait plus si il a envie de revoir la jeune femme, perplexe, il la largue passivement, comme le chien blanc qu’un couple de monstres, rencontré sur la plage, à abandonné sur l »autoroute. Retour à Seoul du trio et retour de Joong-rae à Shinduri, seul deux jours plus tard…


photo Sophie Dulac distribution

Pour la répétition du voyage, le scénario deux hommes pour une femme va faire place à deux femmes pour un homme, lui, Joong-rae… Sous le prétexte d’interviewer une femme pour définir un personnage de son scénario en cour d’écriture, Joong-rae séduit Sun-hee, la jolie patronne d’un café de la station balnéaire, elle-même plus en moins en couple avec une amie à laquelle elle ment pour retrouver le réalisateur. Ici aussi, aussitôt décliné son identité de cinéaste renommé, les femmes ne refusent rien à Joong-rae ou presque, en tout cas, acceptent immédiatement cette drôle d’interview parce qu’elles l’ont reconnu… Sun-hee ressemble plus ou moins à Moon-sook (répétition, encore…) grande et mince, énergique, vivante. Sauf que Moon-sook, revenue sur les lieux du crime, n’est plus la même que lors du premier voyage, loque couchée sur le paillasson de la chambre du réalisateur qui est en train de s’ébattre avec Sun-hee… Cruauté encore de cette observation malheureusement exacte des dégâts de la relation amoureuse, la jeune femme si pétillante du début s’est éteinte, devenue amertumée, jalouse, vindicative, du désir violent partagé de la première rencontre, que reste-t-il?


photo Sophie Dulac distribution

« Night and day » et « Woman on the beach » ont en commun leur longueur : 2h30 environ et la « demi-heure en trop » se fait sentir dans les deux cas, on croit le film terminé et ça continue, ce qui enlève pas mal de force au sujet. Pourtant, personnellement, j’ai préféré nettement le second, un film blanc à colorier… avec la correspondance désert glacé de la plage en hiver, page blanche du scénario à écrire et coeur amoché, vide, à inscrire de sentiments vierges ou répétitifs. Si le premier film était plutôt Rohmerien, le second est Truffaldien, on pense à Truffaut déclarant pour « Deux Anglaises et le continent » qu’il voulait faire un film physique sur l’amour et pas un film sur l’amour physique, c’est tout à fait ainsi qu’on peut voir « Woman on the beach », « Women… » Un seul en réchappera : le scénario, priorité au cinéma, toujours Truffaut (la phrase de Nathalie Baye dans « La Nuit américaine » sur choisir un homme ou un film…) 

Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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