"A Woman' secret" ("Secret de femme") : la blonde et lui

Nicholas Ray, 1949


Le second film de Nicholas Ray, après le relatif insuccès commercial du culte « Les Amants de la nuit », est un polar de femmes, ainsi présenté. Daprès certaines sources, ce fut un film de commande qui nemballait pas le futur réalisateur de « La Fureur de vivre » mais il y trouva une passion, une éphémère épouse : Gloria Grahame, une des deux femmes de ce  secret
 


Gloria Grahame

La célèbre chanteuse Estrellita (Gloria Grahame) revient du studio denregistrement visiblement contrariée. Elle annonce à une femme brune quelle arrête sa carrière. Cette femme (Maureen OHara) manifeste alors de la colère, filmée le visage déformé par le dépit, comme si elle venait dêtre plaquée. Elle se précipite dans la chambre où vient de senfermer Estrellita, trop tard, un coup de feu vient de claquer, on trouve la chanteuse inanimée sur le sol. Aussitôt, Marion Washburn appelle une ambulance, puis la police pour saccuser du meurtre. Première erreur, la chanteuse nest pas morte, disparition du drame. Seconde erreur qui va définitivement priver le film de toute crédibilité : Marion Washburn nest plus cette femme furieuse et possessive entraperçue dans la première scène avec Estrellita. Le personnage de Marion devient lisse, dévitalisé, animé de bonnes intentions quand elle est censée théoriquement  haïr sa rivale…

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photo éditions Montparnasse

Ce qui frappe dans « A Womansecret » (« Secret de femme »), cest le manque de psychologie des personnages, je ne veux pas dire par là quil y a un parti pris dabsence de psychologie, ce qui serait une manière tout à fait légitime daborder le récit, mais que les comportements des deux femmes sonnent faux. Peut-on croire un instant aux relations entre ces deux femmes ? Dommage car le terrain se prêtait à tant de sentiments et interactions troubles et vénéneux propres aux films noirs et on nen a traité aucun.
Par flash-back multiples un peu brouillons, on remonte à la genèse de la rencontre entre les deux femmes : Marion W, chanteuse qui a perdu sa voix, fait la connaissance de Susan Cadwell, jeune femme séduisante et futile, possédant un petit talent de chanteuse, quelle transformera en Estrellita, pour briller par procuration à sa place, on imagine Car on sen tiendra là, Marion semblant accepter la situation avec quelques vagues (bien raisonnables) de jalousie… Quant au suspense, déjà considérablement érodé par la guérison dEstrellita, il conduira à une  conclusion téléphonée.


Maureen O’ Hara

De ce film, on retiendra des portraits de femmes isolés, presque juxtaposés, la torride Gloria Grahame quon retrouvera dans des films noirs cultes comme « Règlements de comptes » de Fritz Lang , filmée ici avec beaucoup de douceur, Maureen O Hara, découverte dans « LAuberge de la Jamaïque » dHitchcock, plus brune et sage que rousse et flamboyante, et de ce « Secret de femme », à moins de faire preuve dune imagination débordante pour pallier mentalement les carences du scénario, on ne saura pas grand chose Un scénario concocté par Herman Mankiewicz (frère du réalisateur) quon avait connu plus inspiré dans « Citizen Kane ». La découverte des films oubliés est toujours excitante, on espère dénicher des merveilles, mais il arrive, comme ici, quil y ait des raisons à leur mise au placard Pour les inconditionnels de Nicholas Ray qui veulent tout voir du réalisateur, ce film a évidemment une valeur documentaire.
            
 

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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