Kim Jee-woon/ »I saw the devil »(« J’ai rencontré le diable »): la vengeance au superlatif + films compétition

FFAsiatique Deauville, vendredi et samedi 11 et 12 mars 2011
   

"I saw the devil" ("J'ai rencontré le diable")

« I saw the devil » (« J’ai rencontré le diable »)


Vendredi et samedi très denses au FF asiatique de Deauville, il est clair que le festival du film asiatique en mars, qui a autant de potentiel à développer que celui du cinéma américain en septembre n’en a plus, mériterait de s’étendre à au moins 5/6 jours au lieu de 4, compte tenu du programme, d’autant qu’on a supprimé depuis deux ans les séances de seconde partie de soirée, la seule ayant eu lieu cette semaine l’étant pour des raisons de censure : « J’ai rencontré le diable » de Kim Jee-woon, compte tenu de son interdiction aux moins de 16 ans, était programmé avant-hier soir à 22h. Le réalisateur, qui a présenté le film au CID, a déclaré que ça l’amusait qu’un film aussi sanguinaire soit projeté dans une ville aussi calme et paisible que Deauville. Le lendemain, soit ce samedi vers 12h30 salle Lexington, au 2° sous-sol du CID, le même Kim Jee-wong donnait la Master Class de cette 13° édition du festival du film asiatique, stressé qu’il y ait autant de monde pour y assister… 1h30 avec un surdoué modeste qui banalise ce qu’il fait, j’y reviendrai avec quelques photos, le résumé des questions et réponses après les extraits de trois de ses films « Deux soeurs », « A Bittersweet life » et « Le Bon, la brute et le cinglé ».

 
Kim Jee-woon au CID vendredi soir, lors de la Master class samedi midi

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vendredi/samedi


« Birth right »

Vendredi, un film japonais en compétition du genre drame radical, « Birth right » de Naoki Hashimoto : l’histoire d’une jeune fille abandonnée par sa mère à la naissance qui kidnappe sa demi-soeur, le réalisateur présente le film, avec les deux actrices, en disant qu’il fait du cinéma pour le cinéma en salles et pas pour la TV etc… que  seuls 20% des spectateurs  aimeront son film… Malgré la volonté de cinéma affichée, le film verse souvent dans le théâtre mutique, l’affrontement muet trop théâtral (la détention dans une cave), la fin du film outrée, symbolique mode d’emploi. Puis, un premier film indien en compétition débordant de bons sentiments, dont je n’attendais pas grand chose, j’ai même failli ne pas y aller, »Udaan » de Vikramaditaya Mowane, qui a fait craquer la salle et moi d’abord, attachant, sympa, touchant, beaucoup de rythme, un vrai scénario. Un ado renvoyé du lycée est rapatrié chez son père, industriel cruel et caractériel, et découvre en arrivant qu’il a désormais un petit frère. Sa vocation d’écrivain envoyée sur les roses, le jeune homme est engagé de force dans l’usine paternelle et inscrit dans une école d’ingénieurs locale. Dans l’intervalle, une curiosité, « Night fishing », un film de 33 minutes réalisé par Park Chan-wook et son frère avec un téléphone mobile! Après un générique loufoque avec un groupe rock seventies, un homme pêche la nuit au bord d’une rivière et attrappe un gros poisson : une noyée…


« Night fishing »


« Udaan »

Enfin, le grand moment de vendredi! « I saw the devil » (« J’ai rencontré le diable ») de Kim Jee-woon. Une histoire de vengeance et, comme l’a dit le réalisateur au CID, une vengeance c’est toujours triste car il faut se souvenir du  drame d’origine. Ici, So-Hyun, un jeune officier de police, fiancé à la fille de son chef, assiste en duplex au téléphone à distance aux dernières paroles de celle  qu’il aime ; la jeune fille en panne sur la route la nuit sous la neige, un type louche dans un van jaune vif vient lui proposer son aide, méfiante, elle tente de lui répondre qu’elle préfère attendre la dépanneuse. Elle finira découpée en morceaux par un serial killer et la police ne retrouvera que sa tête. Ivre de douleur, So-Hyun décide de se venger. Pas une vengeance comme tout le monde, le réalisateur a dit lors de la MC qu’il avait voulu faire un film de vengeance différent de ce qu’on avait pu voir au cinéma. So-Hyun possède la fiche de quatre suspects, il va démolir les deux premiers et comprendre que le troisième est le bon. Son plan, ne pas le tuer tout de suite mais lui en faire baver à la hauteur des tortures qu’a supporté sa fiancée. Un scénario qui implique que So-Hyun va rencontrer le tueur au bout d’une demi-heure de film et qu’il reste encore deux heures, au lieu d’une traque, ce sera une chasse à mort entre les deux hommes. En voulant la peau d’un monstre, So-Hyun va devenir lui-même un monstre que toute tentative de réparation, en sophistiquant sa vengeance, ne consolora pas de la perte de sa fiancée. Belle démonstration de la vacuité de la vengeance. La critique du film plus tard dans la semaine…
💚🎥 »I saw the devil »

 

Samedi, je tente un film de la section Action, Asia, j’ai choisi « Wind blast » de Gao Qunshu, croyant voir un polar, en fait, il s’agit d’un western à la sauce Hong-Kong où ça flingue à tout va dans une dynamique action à 300%, musique à fond, et, très vite, on ne sait plus très bien pourquoi tout ça, n’ayant pour indication de départ que deux images avant le générique, une photo prise d’une voiture, un meurtre commandité. Après avoir effectué son contrat à Hong-Kong, le tueur à gages Zhang Ning, de retour en Chine, est poursuivi à la fois par la police dont son chef surnommé le Léopard, et par deux chasseurs de primes sophistiqués.


« Wind blast »

Retour au CID vers 17h30 pour un film chinois en compétition, « Buddha mountain » de Li Yu qui a une particularité, il a été réalisé par une réalisatrice, rare en Chine. Bien que ce film ait touché la plupart des spectateurs, pour ma part, je l’ai trouvé bancal, changeant de direction plusieurs fois, démarrant sur un film pour finir sur un tout autre film, mettant alors le paquet pour émouvoir (deuil, solitude, tremblement de terre en Chine en 2008, dramatiquement d’actualité en écho de ce qui se passe au Japon), alternant insertion familiale des protagonistes et isolement des mêmes selon que ça sert ou non le récit. Trois étudiants qui ne veulent pas étudier louent une chambre chez une  ancienne chanteuse d’opéra qui perdu son mari et son fils. Le film se base sur les différences générationnelles et le comique de situation qui en découle (première partie) puis, sur l’attachement quasiment familial des uns aux autres débouchant sur le projet commun de retaper un vieux temple en ruine (seconde partie).

 


« Buddha mountain »

Compte tenu de la chaleur d’étuve qui régnait au CID hier après-midi, je renonce à la séance de 20h avec « Détective Dee », film d’action se passant en l’an 690 en Chine, pour aller rattraper le film en compétition du matin, l’ultra-contemplatif « Eternity » du réalisateur thaïlandais Sivaroj Kongsakul dont c’est le premier long-métrage. Sans un décibel de musique, la projection du film n’est rythmée que par le bruit régulier des fauteuils qui claquent pour sortir de la salle qui se vide. Le fantôme d’un homme mort depuis trois jours revient hanter les lieux de sa jeunesse (selon une croyance thaï) ; d’un homme usé, inconsolable, visitant une maison vide tapissée de photos, on passe à un jeune homme, Wit, agent d’assurances à Bangkok , arrivé dans la ferme de ses parents pour leur présenter sa fiancée, Koï, une jeune fille de la ville peu encline, au premier abord, à vivre à la campagne.


« Eternity »

« Birth right » de Naoki Hashimoto (Japon)
« Night fishing » de PARKing CHANce (Corée du sud)
« Udaan » de Vikramaditaya Mowane (Inde)
« I saw the devil » (« J’ai rencontré le diable ») de Kim Jee-woon (Corée du sud)
(sortie 6 juillet 2011)
« Wind blast » de Gao Qunshu (Hong-Kong)
« Buddha mountain » de Li Yu (Chine)
« Eternity » de Sivaroj Kongsakul
(Thaïlande)


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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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