18 - 09
2008
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Très vite, on aborde le flash-back sur l'enfance et le kidnapping, la partie la plus émouvante où le spectateur entre en compassion, en empathie, immédiatement, tremble depuis qu'une ravissante fillette blonde, dont on devine le sort funeste dans les minutes qui suivent, quitte la maison et part à pied pour l'école avec son cartable, seule dans les rues d'une banlieue trop rose où tout est lisse et chic et bien rangé. Un type aborde la fillette pour lui dire qu'il a perdu son chien, l'argument porte, elle accepte qu'il la dépose à l'école en voiture, avec lui, un autre type plus jeune, ils la mettent en confiance... A la sortie de l'école, les deux types sont encore là, on fait croire à la fillette que ses parents les ont chargé de la ramener, elle monte dans la voiture pour toujours...
Le conditionnement pédophile est ritualisé : le proxénète Alex (Tom Arnold) affiche un comportement bonhomme, presque sympa, faisant mine de rassurer les enfants, qu'il démolit en amont, en se posant en seul recours à l'abandon supposé de leurs parents, donnant à la petite Leslie un numéro de téléphone bidon pour qu'elle vérifie leur absence... Si le compère Frank, dont on comprend qu'il est un ancien enfant kidnappé et abusé, aujourd'hui recyclé en geolier, est un caractériel perdant quelquefois le contrôle, le gros Alex, dégoulinant de sollicitude, est un pédophile vrai qui, sous le couvert d'initiation pour les futurs clients du réseau, en profite pour abuser de Leslie sexuellement et mentalement. Là, on touche au tabou de la psychologie du pédophile : un type comme Alex ment-il à 100% quand il prétend que Leslie est "sa préférée"? Au delà de la technique éprouvée de créer une relation privilégiée avec sa victime, dont il justifie le viol en lui faisant croire que c'est "la préférée (pire, en mettant en concurrence le nouvel enfant "préféré" et le précédent), un pédophile comme l'ignoble Alex semble également dépendant de sa victime qui lui inspire d'irrépressibles pulsions criminelles justifiant de son point de vue de les financer en étant proxénète d'un réseau. De là à penser que lui aussi a été abusé enfant... une scène où Alex raconte son enfance, même trafiquée, à Leslie enfant endormie, donne une indication : tous les protagonistes du réseau ou presque seraient des anciennes victimes reproduisant leurs schémas de souffrance en devenant à leur tour des bourreaux... Il n'en est pas de même des clients du réseau, à l'opposé matériellement de cet univers sordide, citoyens au dessus de tout soupçon, tel ce juge et son épouse dans une maison cossue, ça fait foid dans le dos...
Le film est dur tant en ce qu'il raconte que sur les ressorts internes des victimes irréversiblement détruites et que toute la bonne volonté du monde ne pourront pas réinsérer dans leur milieu d'origine ni dans celui d'arrivée non plus. N'appartenant plus à aucune cellule sociale, les deux ados Leslie et Donnie ne peuvent communiquer qu'avec des rescapés ayant subi les mêmes sévices qu'eux, les autres ados prostitués de la rue dont certains comme Cooper sont déjà devenus des proxénètes. La tentative de retour de Leslie dans sa famille est terrible, les parents sont montrés comme monstrueux... de normalité... une image discrète de Leslie adolescente regardant son père donner le bain à un des frères et soeurs enfants résume la situation, tout et tout le monde, est considéré à présent par Leslie comme perverti en puissance, ne reste que Donnie, le frère de souffrances, celui qui sait...
Le film n'est pas parfait, on peut chipoter sur la méthode simpliste en deux parties, sur la mise en scène sans inventivité, sur l'interprétation de Leslie adulte, un peu trop butée peut-être, pas loin de l'indifférence, sur le parti pris de montrer le minimum (ce que je trouve le bon parti car, loin de ménager le spectateur, l'imaginaire est toujours pire que la réalité, fut-elle immonde), cependant, le film sonne juste, désespérément trop juste...
Note CinéManiaC :

Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, USDeauville 2008, cinéma américain, Gardens of the night, Damian Harris

































































