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"I Vittelloni" : morose dolce vita provinciale

Frederico Fellini, 1953



22 - 10
2009
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Rentrée Fellini, des événements, expos, rencontres, rétrospective (voir mon précédent billet...), DVD, "Il Bidone" repris en salles le 28 octobre, tout ça donne évidemment l'envie de (re)voir les films du cinéaste italien sans doute le plus célèbre et le moins compris s'agissant de la complexité de son oeuvre, ces films "où il ne se passe rien" et tout entre les lignes... 

  

 
Troisième film de Fellini et premier considéré comme ayant déjà sa griffe, hésitant entre néoréalisme (Fellini fut longtemps l'assistant de Rossellini et aussi de Lattuada) et représentation plus fantasmée, déjà le cirque avec la scène du carnaval et un extraordinaire Alberto Sordi, perruque blondasse sous chapeau cloche, errant au matin, ivre d'alcool et de désespérance, amnésique, que le départ de sa soeur  de la maison familiale, le chagrin de la mère, va réveiller en sursaut... Déjà la musique de Nino Rota... 

Cinq trentenaires traînent leur oisiveté organisée dans les rues d'une ville de province où il ne passe jamais rien pas plus que dans leur vie... sauf l'élection de Miss Sirène où ils assistent à la terrasse d'un établissement sur la plage, c'est Sandra, la soeur de Moraldo qui gagne mais elle s'évanouit, s'effondre en pleurs... A peu près au même moment, la fête est interrompue par un orage et une pluie battante,
l'été est fini. Comprenant avant les autres que Sandra est enceinte, Fausto, qu'on a découvert faisant des avances à une autre femme, tente de s'échapper et fait sa valise en pleine nuit, son père l'en empêche. Importance du regard de la communauté et de l'autorité parentale dans l'Italie provinciale des années 50, le père de Fausto frappe avec une ceinture son fils de 30 ans... La mère d'Alberto règne sur ses deux enfants, la fuite de la soeur est un acte de rebellion fort.



Mariés pour respecter les convenances sociales, Sandra et Fausto vont à Rome en voyage de noces. A  leur retour,  sans ressources propres, le couple habite chez les parents de Sandra. Poussé manu militari par son beau-père, Fausto est engagé dans un magasin sinistre de souvenirs religieux où il s'ennuie à mourir, pourtant, il est attiré par l'épouse du patron comme par à peu près toutes les jolies femmes, ce qui lui vaudra d'être renvoyé...

Chacun des Vittelloni (vitello veut dire veau en italien)  a un profil précis : Fausto, le séducteur volage et le meneur, Leopoldo, l'intello qui écrit la nuit, Riccardo, le suiveur ténor à ses heures, Alberto, le fêtard triste, seul Moraldo, sans doute le plus proche de Fellini, rêve de s'en aller... Les relations semblent toutes vouées à l'échec, quand Leopoldo rencontre enfin un acteur de renom à qui lire sa pièce de théâtre, l'homme est en fin de course et, en plus, il finira par le draguer en l'attirant sur les docks sous la pluie, la nuit. La scène où pendant le repas, Leopoldo lit sa pièce à voix haute dans l'indifférence générale, le bruit et les rires de la table voisine, le grand acteur demandant le sel entre deux répliques... est assez géniale. Le couple Fausto et Sandra s'est construit sur un malentendu, petit à petit, pourtant, le jeune homme s'attachera à son épouse qu'on l'a forcé à épouser, touché par son amour inconditionnel. Quant au carnaval, quel grand moment! Alberto Sordi se préparant à se déguiser en femme et cherchant en vain un indispensable chapeau féminin dans l'appartement maternel... Ce personnage de clown triste qu'on retrouve au matin sur une place désertée dans une insupportable solitude ne pouvait pas être mieux interprété que par le grand Alberto Sordi.


Un film en demi-teinte, pessismiste mais encore léger, équilibre entre le comique et tragique, la tragicomédie, une échappatoire à la province aliénante : "monter" à Rome... Pour la vraie "Dolce vita" pas plus optimiste... Un film sobre, pas encore la manière "lourde" Fellini, on voit quelques scènes qui annoncent la suite, le visage déformé des femmes se penchant sur l'actrice célèbre venue remettre le prix de Miss Sirène pour cueillir un autographe, par exemple, ou le carnaval, un peu un film dans le film. Un très beau film émouvant et drôle à (re)découvrir.


 

Lire aussi mon billet sur les événements de cette "rentrée Fellini"...





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Maestrophile

Peut-être pour moi le plus beau Fellini mais le choix est difficile.Je l'ai vu au moins cinq fois.

Eeguab - 04.08.10 à 19:32 - # - Répondre -

Re: Maestrophile

Personnellement, je prefère les premiers Fellini et cette "Dolce vita" provinciale tout en nuances fait mouche (je crois que Fellini avait tourné dans sa ville natale).

vierasouto - 05.08.10 à 05:46 - # - Répondre -

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