14 - 07
2010
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Un voleur d'idées professionnel est engagé par un milliardaire pour implanter une idée toxique dans le cerveau du fils d'un industriel rival. Pour cela, il engage un spécialiste tricard chez lui qui forme une équipe d'exception pour préparer le "casse".
Avant de voir "Inception", avant la pharaonique promo... on se disait "tiens! encore un film sur la mémoire! C. Nolan n'a-t-il pas commencé sa carrière par le brillantissime "Memento"? Quand on sort de la projection, on se dit que quelque chose ne colle pas avec cette filiation. Puis,vient la piste du film "The Prestige" qui n'a apparemment rien à voir avec le sujet puisqu'il s'agit de prestidigitation, de la rivalité de deux magiciens... Mais c'est justement ce côté "on vous explique un tour de magie, un coup de génie" qui m'a gênée dans "Inception" : un début du film complexe, brillant, environ une demi-heure (on aimerait que tout le film soit sur ce mode), puis, tout le reste du film démonstratif, sur-explicatif même si action ; en deux mots, c'est un peu comme un tour de magie et ensuite la longue explication du tour de magie au public. Avec deux conséquences sur le film, une conséquence immédiate, c'est explicatif en strates à l'image du tour de magie, de mémoire, d'intrication réel/rêve, et une conséquence en ricochet sur la forme : malgré les scènes d'action assez speed, le rythme est trop lent sans doute à cause de ces décrochages narratifs destinés à montrer/remontrer le dessous des cartes.
Un Homme, Cobb, a la capacité d'extraire les idées/pensées des autres en utilisant la technique de "partage des rêves" (apprise par un professeur qui est aussi son beau-père), devenu un voleur d"idées hors la loi, hors de prix, un "extracteur" hors pair. Or, un commanditaire, Saito, richissime homme d'affaires, va lui demander le contraire pour éliminer son rival : "l'inception" ou implanter une idée toxique dans le cerveau d'un riche héritier afin qu'il persuade son père agonisant de démantaler son empire industriel avant de mourir. Si Cobb accepte cette mission, c'est qu'à la clé, il pourra enfin rentrer chez lui aux USA et revoir ses enfants (pourquoi Saito a-t-il ce pouvoir? on ne sait pas).
Mais Cobb a désormais un problème : "L'Ombre" ou l'impossible deuil de sa femme Mall qui intervient, fantomatique, comme instance de l'interdit, dans les subconscients qu'il pénètre. Pour mener sa mission d'"Inception", il va devoir engager Ariane, une architecte qui dessinera le labyrinthe de "partage des rêves" à sa place, afin d" échapper au contrôle de Mall ou plutôt aux images de Mall auxquelles il ne peut pas se résoudre à renoncer. Cobb forme une équipe avec un certain nombre de techniciens, l'organisateur, l'architecte, le chimiste, le faussaire, qui vont préparer la mise en duplex des rêves de Cobb, l"'extracteur"/"incepteur", et de sa proie, l'héritier Robert Fisher Jr, comme on prépare un casse dans un polar action. Car le film, plus classique qu'il n'y parait, est construit tel "un film de braquage" avec la préparation du "coup" et des scènes d'action spectaculaires. Ce qu'il y a en plus dans ce film de "casse"? Les obsessions du réalisateur, le jeu avec la réalité, la perte de repères, la quête identitaire, la difficulté du travail de deuil : ces allers et retours éprouvants de Cobb dans son passé, ces va et vient du réel au virtuel, la trouvaille du "totem" : l'objet qui prouve qu'on est bien dans le réel (la petite toupie).
La terminologie est jargonesque, pseudo-scientifique, empruntée principalement à la psychanalyse des rêves (totem, sommeil paradoxal, subconscient, etc...) La construction labyrinthique des rêves, fantaisiste, relève plutôt du tour de magie génial (retour au prestidigitateur) avec ce point particulier qu'il n'y ici aucune force occulte, que tout est intelligence et technologie, et s'explique scientifiquement en fin de comptes, c'est de virtuosité et de maîtrise qu'il s'agit, de surdoués dans leur domaine, comme le réalisateur, surdoué à Hollywood qui se paye le luxe de réfléchir aux mécanismes du cinéma en faisant du cinéma à la fois haut de gamme et grand public.
Retour du puritanisme, si on joue avec l'inconscient et la technique, avec l'incursion moderne de la névrose dans l'histoire d'amour, on ne badine pas avec la morale : ce film est très moralement correct, on fait passer l'idée au spectateur (par inception?) que ce n'est pas l'argent qui intéresse l'équipe du casse mais la passion pour la technique de "partage des rêves"... Pour le héros Cobb, c'est encore plus louable, son salaire sera de revoir ses deux enfants, deux têtes blondes qui vont mettre 2h28 à tourner la tête vers leur père.... Ode à la réconciliation familiale : retour du père au foyer pour l'un, le voleur (l'extracteur d'exception ayant réussi l'inception) et réconciliation posthume avec le père pour l'autre, le riche héritier (victime de l'inception), tout ça pour ça...
On assiste depuis quelques temps à la prise de pouvoir des auteurs sur les blockbusters, des réalisateurs appelés à la rescousse quand les salles ne se remplissent plus pour greffer un label qualité à des films grand public, ce dont on ne se plaindra pas. Avec cet écueil qu'on rencontre dans des films "signés" qu'on pourrait dire de vulgarisation du film d'auteur : trop intello pour les uns et pas assez pour les autres, quel public vont-ils toucher? "The Dark night" était une exception à la fois sublime et tout public mais ici, quelles seront les réactions... Au delà, la qualité exceptionnelle des images et de la mise en scène de Nolan peut-elle prendre à ce point toute la place qu'on en oublie les tenants et les aboutissants du scénario dans son enveloppe tellement sophistiquée : un mélo sous-jacent à une histoire de casse qu'on aurait pu traiter plus simplement.
PS. A noter qu'on aurait pu penser que l'Inception était le contraire de l'exception, étymologiquement parlant, quand il s'agirait en fait, selon Nolan, d'une conception exceptionnelle à l'intérieur d'un cerveau, comme qui dirait une expérience de type in vitro" dans le système paradoxal, et tout ça en abyme avec le cinéma, ouf!
Voir aussi les photos et la vidéo de la conférence de presse d"Inception"...
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Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma américain, Inception, Christopher Nolan






























Commentaires
Inception/déception
J'ai détesté ce film long, brouillon, pseudo-scientifique, confus,fumeux, qui à force de vouloir démontrer quelque chose ne démontre rien. Comme je disais dans ma critique : la colossale et onéreuse entreprise a accouché d'un nain. J'étais avec une amie très cinéphile qui a eu exactement la même réaction que moi. Je n'ai pas quitté la salle par souci d'être honnête vis-à-vis de ma critique à rédiger le soir. Je ne serai pas présente au prochain festival du cinéma américain de Deauville, car je pars 15 jours en Tunisie. Mais si les films sont de cet acabit, je ne perdrai pas grand chose.
Bon courage pour la suite.Amicalement vôtre. Et dire que certains ont osé parler de chef-d'oeuvre. Cette époque est tombée sur la tête. Descartes, au secours !
Armelle B. - 22.07.10 à 09:56 - # - Répondre -
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Bonsoir! Pseudo-scientifique est le mot, ça m'a été désagréable tout le long du film d'entendre ce charabia et je serais curieuse de savoir ce qu'un vrai scientifique en penserait. Je crois que Christopher Nolan est un surdoué de l'image et de la mise en scène mais que son point faible est de vouloir que ça se voit... C très démonstratif à tous points de vue. J'ai lu votre critique et m'est également venu à l'exprit qu'il aurait pu/dû faire plus simple, nous qui aimons le ciném asiatique, ils nous ont appris qu'il fallait "mettre du blanc" dans un tableau... PS. Dommage pour le festival... (j'ai eu à peine le temps de regarder les films en compétition et je ferai mon article cette nuit ou demain...) mais on peut tenter un verre en aout peut-être...
vierasouto - 22.07.10 à 19:33 - # - Répondre -
← Re: Inception/déception
désolée, pas d'accord du tout, j'ai 63 ans un fils de 21ans, j'aime le cinéma, tous les cinémas, je vis le temps présent et ne ressasse aucunement le passé : les regrets sont vains et inutiles !
j'ai adoré ce film et pourtant je ne suis pas une fan de jeux virtuels et ne me souviens jamais de mes rêves ..
il semblerait que vous n'ayez pas été très attentive et soyez de parti pris, c'est votre droit !
mon père de 93 ans, à l'audition défaillante, mais l'esprit toujours vif et ouvert, a tenu à voir ce film ( en vo sous titrée )..et est ressorti enthousiasmé ! son métier : psychologue !
je n'aime pas les esprits chagrins ni les mauvaises critiques..
j' habite cannes mais fuis le festival depuis de nombreuses années, par contre je vais au cinéma plusieurs fois par semaine depuis ma plus tendre enfance !
c'est un film que je retournerai voir et que je recommanderai autour de moi et par cette voie !
j'ai été tenue en haleine et bluffée par le rythme, le montage et les effets spéciaux dont je raffole et n'ai pas vu le temps passé à l'anticiper ou à le dépasser !
ouf ! happy end, ce n'était qu'un rêve en trois dimensions non parrallèles : cqfd !
n'en déplaise aux esprits chagrins...
LOIRE - 25.07.10 à 19:37 - # - Répondre -
← Re: Inception/déception
Bonjour! moi non plus, je n'aime pas faire des critiques négatives de films, souvent, je ne les fais pas, je les rédige même parfois et puis je renonce à les publier, à quoi bon... C'est plus facile de dire qu'on aime mais on ne peut pas tout aimer non plus... Possible qu'il faille revoir ce film à "tête reposée" hors promo car c'était vraiment saoulant cet excès de promo... on attend la sortie DVD donc plus tard... (bien vu pour festival de Cannes, pas vraiment le lieu où se détendre...)
vierasouto - 26.07.10 à 06:30 - # - Répondre -
Je serai également absente du 4 au 20 août mais à Trouville fin août. Je vois que notre jugement sur "Inception" est assez proche. C'est du cinéma industriel comme il y a la bouffe industrielle. Les jeunes aiment ça car ils vivent avec cela. Mais les générations plus anciennes ont eu le goût d'autre chose : le cinéma d'art, le cinéma d'auteur. Pour moi le rêve est ailleurs, mais certainement pas dans "Inception".Bonne soirée.
Je vois avec plaisir que la mise en orbite d'un commentaire s'est simplifiée sur votre blog et je ne manquerai pas de vous en déposer plus souvent. Avant, c'était quasi impossible.
ARMELLE
Armelle B. - 24.07.10 à 18:42 - # - Répondre -