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"La Journée de la jupe" : entre les murs du sous-sol

J. Paul Lilienfeld, Arte 20 mars, sortie 25 mars 2009



21 - 03
2009
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"Entre les murs" a du souci à se faire quand on voit "La Journée de la jupe" qui sonne nettement plus juste si ce n'est le côté un poil trop théâtral de la mise en scène qui se passe justement en huis-clos dans le petit théâtre en sous-sol du lycée où un prof tente donner un cours sur Molière. 

Sonia Bergerac, professeur de français dans un lycée dit sensible de banlieue, arrive à son cours stressée, crispée, fatiguée, déjà à bout en ouvrant la porte de la classe dont on devine que ce n'est pas d'hier que ses élèves l'agressent. Pourtant, courageusement, elle tente de conserver sa place, demandant le silence, refusant de se faire tutoyer, mais les insultes et les quolibets pleuvent, elle est dépassée et en a visiblement l'habitude. Jusqu'à ce que la goutte d'eau d'un revolver tombé d'un sac de sport la fasse sortir de ses gongs. Tentant vainement d'envoyer les coupables chez le proviseur, Sonia, l'arme en main, disjoncte, soudain tentée de la conserver et de faire son cours sur Molière "normalement", comme devrait pouvoir le faire un enseignant respecté de ses élèves... A ce détail près que la seule façon d'arriver à se faire respecter est de prendre sa classe en otage, d'utiliser les mêmes moyens qu'eux, la violence, la menace et l'intimidation.





 
L'environnement n'est pas épargné, et en premier lieu, la lâcheté des professeurs, celui qui a le Coran dans son cartable ou celui qui refuse de porter plainte en arguant que les coups qu'il a reçu, c'est parce qu'ils ne se sont pas compris... Le proviseur (génial Jackie Berroyer) sans empathie pour personne avec une unique perspective : avoir la paix. La guéguerre des polices, le flic qui se fait jeter par son épouse par téléphone, le refus des parents d'élèves de voir les choses en face, le chantage au racisme qui empêche tout échange, en classe comme dans le quartier, le refuge dans la religion, l'omerta par crainte des représailles, les références aux séries télé qui ont remplacé la culture (les élèves demandent un avocat, si le flic a un mandat, voire réclament un avion et des dollars...), les viols dans les cités (sujet hautement sensible traité avec pudeur mais frontalement par le biais d'une vidéo trouvée sur un téléphone portable), un film non politiquement correct qui ose.



 
Et puis, Adjani qu'on attendait au tournant depuis tant d'années, qu'on retrouve ici comme on l'a tant aimée : avec la rage, le mélange de force et de fragilité, le talent incomparable du niveau d'"Adèle H"... Sans parler de son courage à se montrer au naturel (enfin! on la lâchera peut-être enfin sur ses photos retouchées, etc...), mal coiffée, très peu maquillée, bouffie par la colère et les pleurs, attiffée d'une jupe anti-glamour, d'une veste froissée et de grosses bottes, en renonçant à être belle à tout prix, elle est magnifique et émouvante. La tirade à mi-voix où elle explique aux élèves, dont on espère qu'ils l'entendent, que seule l'école peut les sauver de leur quartier, leur condition, est un sommet de vérité et de justesse, comme en sont capables les grands acteurs, on dirait à cet instant qu'elle parle d'elle, que l'actrice et le personnage de Sonia ne font plus qu'un, c'est poignant. La fin du film n'est pas celle d'un génie de l'image mais elle est sobre et touchante, ces mollets et ces jupes des élèves de sa classe. Comme cette obstination qu'à Sonia Bergerac à n'avoir qu'une seule appartenance : être une enseignante laïque.


Très beau film dont on a pas parlé lors de son tournage malgré son casting de stars (Isabelle Adjani, Denis Podalydes, deux acteurs formés à la Comédie française, ça se sent), qui n'a pas non plus bénéficié d'une intox promo, ce qui est un excellente chose et permet une belle surprise à l'arrivée. Produit par Arte, ce film, qui n'en aurait pas eu les moyens, sera distribué également en salles mercredi 25 mars prochain
. Vu sur Arte ce soir en avant-première comme beaucoup de téléspectateurs aussi, sans doute, en Allemagne, le film a fait un carton d'audience.


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 je vais aller le voir lors de sa sortie en salles (j'étais à un concert ce vendredi et de toute façon ma télé est débranchée depuis belle lurette;))

ton article fait envie en tout cas même si le côté théatral me fait pas mal peur.
a vite

Voisin Blogueur - 21.03.09 à 01:34 - # - Répondre -

théâtre

Bonsoir! Tu a saisi, le côté théâtral, avec des comédiens venus du théâtre, gêne un peu mais on s'y fait... PS. Déguisé en OSS 117 années 60 le 26 mars???

vierasouto - 22.03.09 à 18:15 - # - Répondre -

Pour Isabelle

Tout n'est pas très bon (vouloir traiter de si vastes sujets en 1h30 était quasi suicidaire mais au moins le film pose-t-il les vraies questions sans détour) mais l'Adjani étonne encore et toujours.
J'avoue, j'ai tracké dans mon billet l'excellent portrait que tu avais fait de l'Isa(plusaussi)belle (malheur !) que j'avais déjà commenté par ailleurs.
A bientôt.

FredMJG - 23.03.09 à 00:04 - # - Répondre -

Re: Pour Isabelle

Bonjour! J'ai lu ton billet, c'est vrai qu'on s'en fout des pbs de couple du flic mais je crois qu'il y a effectivement un grand manque de moyens et qu'on a remplacé des scènes d'action par des historettes faciles à filmer et basées essentiellement sur les dialogues. Le huis-clos aurait sans doute suffit pour dénoncer les problèmes pas politiquement corrects parce que la guerre des polices et la lâcheté de la ministre, ça n'est pas nouveau. Dans l'ensemble, je n'avais pas été bluffée par "Entre les murs", aseptisé, faussement pessimiste, cherchant l'empathie, etc... (sans parler de la suite avec cette razzia des tapis rouges tjs plus star-system...) mais, ici, ça sonne juste, c'est ça qu'on entend de la part des profs, ils sont souvent au bord de la dépression nerveuse. Comme le fait remarquer Sur la Route du cinéma, elle avale illico un anxiolytique pour faire sa classe. Ce n'est pas un grand film de cinéma images mais c'est un film courageux et juste.

vierasouto - 23.03.09 à 13:01 - # - Répondre -

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