26 - 11
2008
-

Ca ressemble à une lecture, c'est une pièce de théâtre mettant en scène la lecture de lettres... Les lettres que se sont envoyé pendant quarante ans un homme et un femme. Alain Delon a mis en scène cette version de la pièce d'Albert Ramsdell Gurney, déjà jouée auparavant par Anouk Aimée, sa partenaire pour 20 représentations (du 7 au 29 novembre). Dans le hall du théâtre de la Madeleine, il y a encore l'affiche de "Love letters" avec Philippe Noiret et Anouk Aimée...
Derrière une simple table en bois, Alexa et Tom vont lire leurs lettres sans se regarder, celles qu'ils ont échangé, telles qu'il les avaient écrites et perçues à l'époque. Démarrant à l'adolescence pour finir avec la mort de l'un d'entre eux, leur correspondance a le ton, le style, la maturité de la date des lettres tandis que les comédiens modulent leur jeu en conséquence, redevenant des enfants, puis des adultes à toutes les étapes de leur existence. Il est maladroit, elle est chipie, il est pauvre, elle est riche, il est jaloux, elle le fait marcher gentiment. Tandis qu'elle accumule les mariages ratés, artiste vélléitaire, alcoolique mondaine, privée de ses enfants, à la dérive, à l'inverse, il poursuit une brillante ascension sociale, avocat, sénateur, notable, une épouse modèle, trois enfants. Petit à petit, les relations s'inversent, c'est elle, devenue suppliante, qui provoquera leur liaison tardive et éphémère, c'est lui qui y mettra fin, privilégiant ses ambitions, son sens du devoir. Alexa, l'enfant gâtée, dominait le gamin gauche, rechignant à écrire des lettres, préférant envoyer des dessins à Tom, moquant son goût immodéré pour la correspondance. La femme adulte blessée dépendra de l'emploi du temps d'un sénateur marié, son meilleur ami, même si tous les deux parcoureront le monde, comme en fuite, rarement synchrones, se croisant, se ratant la plupart du temps.
La "Lola" de Demy face au "Samouraï" de Melville, l'affrontement de deux légendes du cinéma... Si le début est un peu stylisé (l'enfance étant, de toutes les périodes, la plus difficile à faire passer), à mi-parcours, on est embarqué, petit à petit, il n'y a plus que cet homme et cette femme, Tom et Alexa, deux êtres qui s'aiment au delà de la chair, soudés mentalement par une fusion amoureuse ancrées dans l'enfance, se nourrissant de l'absence de l'autre, un amour fou et innommé à distance qui remplace la réunion des corps par un trait d'union épistolaire à la vie à la mort.
Derrière une simple table en bois, Alexa et Tom vont lire leurs lettres sans se regarder, celles qu'ils ont échangé, telles qu'il les avaient écrites et perçues à l'époque. Démarrant à l'adolescence pour finir avec la mort de l'un d'entre eux, leur correspondance a le ton, le style, la maturité de la date des lettres tandis que les comédiens modulent leur jeu en conséquence, redevenant des enfants, puis des adultes à toutes les étapes de leur existence. Il est maladroit, elle est chipie, il est pauvre, elle est riche, il est jaloux, elle le fait marcher gentiment. Tandis qu'elle accumule les mariages ratés, artiste vélléitaire, alcoolique mondaine, privée de ses enfants, à la dérive, à l'inverse, il poursuit une brillante ascension sociale, avocat, sénateur, notable, une épouse modèle, trois enfants. Petit à petit, les relations s'inversent, c'est elle, devenue suppliante, qui provoquera leur liaison tardive et éphémère, c'est lui qui y mettra fin, privilégiant ses ambitions, son sens du devoir. Alexa, l'enfant gâtée, dominait le gamin gauche, rechignant à écrire des lettres, préférant envoyer des dessins à Tom, moquant son goût immodéré pour la correspondance. La femme adulte blessée dépendra de l'emploi du temps d'un sénateur marié, son meilleur ami, même si tous les deux parcoureront le monde, comme en fuite, rarement synchrones, se croisant, se ratant la plupart du temps.
La "Lola" de Demy face au "Samouraï" de Melville, l'affrontement de deux légendes du cinéma... Si le début est un peu stylisé (l'enfance étant, de toutes les périodes, la plus difficile à faire passer), à mi-parcours, on est embarqué, petit à petit, il n'y a plus que cet homme et cette femme, Tom et Alexa, deux êtres qui s'aiment au delà de la chair, soudés mentalement par une fusion amoureuse ancrées dans l'enfance, se nourrissant de l'absence de l'autre, un amour fou et innommé à distance qui remplace la réunion des corps par un trait d'union épistolaire à la vie à la mort.
Quand de manière subtile, au lendemain de leur première et tardive nuit ensemble, après tant d'années à se fuir, Tom/Alain Delon appelle enfin la femme de sa vie "mon amour", on est renversé, la voix de Delon qu'on connait bien pour l'avoir entendue, écoutée tant de films durant, cette voix métallique et animale à la fois, ici, un peu rauque, sauvage, apaisée à demi par l'aveu, c'est à tomber... Mais on n'a encore rien vu ni entendu si on n'a pas assisté à la sublime scène finale, on est alors submergé par l'émotion de cet homme inconsolable interprété par un acteur magistral qui transmet son inconsolabilité de manière instinctive, qui la vit comme on jurerait qu'il l'a vécue, simplicité de la douleur extrême de l'animal blessé à mort, du chagrin qu'on ne surmontera pas ; Delon vous arrache l'émotion au fond des tripes, quelle brutalité sobre dans le désespoir, quelle animalité pudique dans la douleur, quelle sensibilité meurtrie, quel miroir de plaies jamais refermées cet acteur vous renvoie... On sort de la pièce avec le fantôme de Romy Schneider planant sur son interprétation exceptionnelle et habitant le personnage d'Alexa, quand Tom part pour l'armée, on pense aux années d'Indochine de Delon qui l'ont marqué à jamais. Et aussi à tous ces rôles qu'il ne joue plus au cinéma, qu'il refuse ou qu'on ne sait plus lui proposer, comme ce "Professeur" de Zurlini brisé que je grille de revoir en DVD au sortir de la pièce, j'avais oublié que c'était lui et nul autre le meilleur acteur français, que les passions qu'il déchaînait ne devaient rien au hasard, de "Plein soleil" à "Monsieur Klein", de "Rocco et ses frère" à "Traitement de choc", ce soir Delon était intemporel, unique, à l'image de ses rôles gravés dans nos DVDthèques...

PS. mes photos sont... rares et particulièrement mauvaises... mais "il" avait demandé qu'on ne prenne pas de photo pendant la pièce et pour "lui" j'ai respecté, tant pis pour le blog... Donc, avec un petit appareil, quelques photos émues après la représentation, quand Alain Delon et Anouk Aimée ont salué la salle.
Mots-clés : exception Planches, Love letters, Alain Delon



























Commentaires
J'aurais tellement voulu aller voir cette pièce mais malheureusement, c'est impossible...
Votrez article me console donc un peu de la grande déception que j'ai ressentie quand j'ai appris que je ne pourrais pas y aller! Je dis "un peu" car le mieux, c'est bien sûr de voir la pièce, d'entendre la voix d'Alain Delon que je trouve moi aussi magnifique: elle est chaude, forte et distille une émotion...toute sa sensibilité est dans sa voix!
Je l'aime tant cet acteur!
Justine - 26.11.08 à 14:49 - # - Répondre -
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Bonjour!
C'est vraiment difficile d'aller voir cette pièce, elle ne joue que 20 fois et les places sont bp trop chères, personnellement, j'y suis allée seule, je me suis offert ce plaisir solitaire... Quand on voit la salle tellement émue, possible quand même qu'il rajoute des dates ou reprenne la pièce. Je ne pensais pas me laisser prendre mais Delon vous arrache l'émotion sans en avoir l'air, moi aussi, je suis très sensible à sa voix, on se rend compte combien on la connaît sa voix. Je vais essayer quand j'aurais un moment de faire la critique de ce film que j'adore "Le Professeur" de Zurlini, le portrait d'un homme brisé dans une ville de bord de mer italienne dans une ambiance de dolce vita languissante, décadente, provinciale, on peut le trouver en DVD dans la collection Delon. @+
vierasouto - 26.11.08 à 16:11 - # - Répondre -