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"Même la pluie" ("También la lluvia") : l'eau et l'or

Iciar Bollain, sortie 5 janvier 2010



14 - 12
2010
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Pitch.
Une équipe de film s'installe en Bolivie pour tourner l'histoire des conquistadors. Confrontés à une révolte de la population à qui on veut restreindre l'accès à l'eau potable, leur regard sur le pays va changer.


Réaliser un film sur le tournage d'un film est toujours périlleux, surtout quand ici on complique les choses en tournant trois films, en faisant se correspondre deux époques, le XVI° siècle et les années 1999/2000. Explication : une équipe de tournage arrive en Bolivie pour réaliser un film sur Bartholomé de Las Casas, prêtre dominicain espagnol célèbre pour avoir dénoncé les pratiques des colons espagnols et pris la défenses des indigènes d'Amérique. Un peu comme dans le film "Cabeza de vaca" (sortie le 22 décembre), qui se passe à peu près à la même époque, où Alvar Nunez Cabeza de vaca, conquistador ayant fait naufrage avec son expédition, devenu ensuite chaman lors de sa captivité, prendra la défense des indiens d'Amérique, s'opposant et à son pays et à l'église catholique espagnole. Il faut croire que le sujet inspire les réalisateurs car ces deux films sont superbes.



photo Haut et Court

Dans "Même la pluie", on ose également le parallèle avec l'époque contemporaine, ce qui va conduire à un film triple : le tournage du tournage du film sur le prêtre Bartholomé de Las Casas se passant en Bolivie lors des manifestations d'avril 2000 à Cochahamba pour protester contre la privatisation des circuits de distribution de l'eau potable. La réalisatrice Iciar Bollain va donc mettre en perspective l'exploitation des indiens du temps de Christophe Colomb et la réalité contemporaine en Amérique latine avec un soulèvement populaire de nos jours ; le tournage d'un film d'époque par une équipe étrangère arrivant en Bolivie et prenant peu à peu conscience de la réalité sociale du pays qu'elle ne voyait au départ que comme un décor.


photo Haut et Court
 
Sebastian, jeune réalisateur passionné par son sujet, et son producteur Costa débarquent en Bolivie, épatés par la beauté des lieux. Un casting est organisé qui va donner le ton tout de suite : une file immense de boliviens vivant dans une extrême précarité attend en espérant décrocher un rôle ou un emploi de figurant, le réalisateur, idéaliste, voudrait leur donner à tous une chance, le producteur dont le budget est serré, le modère, plutôt satisfait de ne devoir payer les acteurs que $2.00 la journée. Mais un homme proteste plus fort que les autres, Daniel, pour avoir la paix, Costa lui fait passer une audition avec sa fille. Sebastian le choisit ensuite pour un des rôles principaux de son film malgré l'avis de Costa qui pense qu'il va leur attirer des ennuis. Peu de temps après, le tournage ayant commencé, l'annonce de la privatisation de l'eau qui va conduire à faire payer l'eau à des habitants qui n'en ont pas les moyens provoque des manifestations violentes en ville. A leur tête, Daniel qui a quitté le tournage.


photo Haut et Court


Si, compte tenu de l'état d'esprit du réalisateur à son arrivée en Bolivie, on aurait mieux vu Sebastian se rapprocher naturellement de Daniel, c'est Costa, le producteur cynique, qui va être touché par le combat pour l'eau du syndicaliste et prendre conscience viscéralement de la pauvreté de la région, les deux hommes vont apprendre à se connaître et nouer une amitié quasiment muette. Le milieu du cinéma est bien observé, le réalisateur est finalement plus obsédé par son film que le producteur, faisant passerle cinéma avant tout, beaucoup moins compassionnel que prévu, les acteurs demeurent des acteurs cabotinant volontiers, peu en prise avec la réalité.

C'est un film harmonieux, très beau, fluide, si personnellement, je préfère un film comme "Cabeza de vaca" avec l'immersion totale dans l'époque des conquistadors et que je ne suis pas fan en général des allers et retours entre hier et aujourd'hui pour mettre deux époques en correspondance, dans "Même la pluie", ça tient la route, ce qui est très rare.  En bonus, les fans de Gaël Garcia Bernal pourront admirer son regard vert dans la lumière de Bolivie...

"Même la pluie" a été sélectionné par l'Espagne pour postuler à l'Oscar du meilleur film étranger.


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Note : 2/5 (11 notes)



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Merci pour cette critique bien écrite et passionnante d'un film dont je n'avais pas encore entendu parler!
Le film a l'air complexe mais bien construit et enrichissant, je le note dans mes tablettes.
J'avais déjà beaucoup aimé "Ne dis rien" ("Te doy mis ojos") de la même réalisatrice (à qui l'on doit également "Mataharis" plus récemment).
Et puis je fais partie des aficionados de Gael Garcia Bernal, qui outre son regard vert dispose d'un jeu d'une très grande justesse!

Mister Loup - 21.12.10 à 13:46 - # - Répondre -

Re:

Hello! très en retard pour te répondre! Je n'avais pas vu d'autre film de la réalisatrice et je ne suis pas baba devant GGB mais le tout est convaincant.

vierasouto - 26.12.10 à 06:32 - # - Répondre -

Ouaip

Moi aussi j'aimerais bien nouer une amitié muette avec Luis Tosar :)

FredMJG/Frederique - 10.01.11 à 19:39 - # - Répondre -

Very nice movie. I stop writing essays and personal statements for a moment to see this movie.

Analyn Pautog - 29.07.11 à 04:24 - # - Répondre -

santa

In depicting the water privatization conflict, Even the Rain focuses heavily on revolutionary efforts of the mistreated Bolivians instead of government or water company injustice. Thanks for sharing.
Regards,

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santa - 09.05.12 à 15:39 - # - Répondre -

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