11 - 06
2008
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Contrairement aux photos qu'on peut trouver sur le film qui montrent le personnage principal déguisé en John Travolta dans "La Fièvre du samedi soir", images qu'on voit somme toute assez rarement pendant le film et peu mises en valeurs, "Tony Manero" est un film gris et terne, dépressif et crade, pavé de mauvais sentiments et dépourvu du moindre humour.
Dans le Chili de Pinochet, Raul n'a qu'une obsession : John Travolta, indifférent aux autres, tous ses actes ont quelque chose à voir avec son idole et son ambition : devenir le sosie de Tony Manero dans "La Fièvre du samedi soir". Ainsi, dès de début du film, allant prêter main forte à une vieille dame qui vient de se faire agresser dans la rue, elle le reçoit chez elle. Mais la bonne action tourne au crime car la pauvre dame a le malheur de posséder une télé couleur (et aussi de s'extasier que Pinochet a les yeux bleus), Raul l'assomme et vole la télévision pour l'échanger contre des dalles de parquets en verre pour faire son show... Plus tard, le cinéma a changé la programmation, au lieu de "La Fièvre du samedi soir", on passe "Grease", pourtant aussi avec Travolta, Raul tue alors le projectionniste... Et ainsi de suite...
Tout cela ne serait rien... si l'on peut dire... si le comportement de Raul avec les femmes qui l'entourent n'était pas encore bien pire... Odieux, macho, humiliant, adultère, sale, menteur, voleur, on se pose la question pendant tout le film : qu'est-ce qu'elles lui trouvent ces trois femmes (une prostituée occasionnelle, sa fille, la patronne du club) à ce type ignoble? Car Raul passe une partie de sa semaine et tous ses samedis soirs à tyranniser tous les protagonistes d'un poussiéreux et sinistre club de banlieue genre café musical pour jouer son spectacle Travolta. Avec les hommes, ce n'est pas mieux, on pense au fiancée de la fille de la prostituée qui aura l'audace de prétendre se présenter lui aussi au concours de sosie de Travolta...
Bien qu'on présente le film comme chilien et brésilien, tourné en espagnol (puisque ça se passe à Santiago du Chili), ce film ne ressemble pas à du tout au cinéma brésilien (ce que j'en connais). Ici, une sorte de naturalisme, culte du naturel si excessif qu'on prend le contrepied à ne filmer que la laideur, ciel gris, image salie, absence d'humour, absence d'espoir, absence de compassion et de solidarité, personnages résignés, voire dépressifs, etc... On serait plutôt du côté d'un certain nouveau cinéma argentin tel qu'on le voit en nombre ces temps-ci à Cannes ("Leonera" en compétition faisant exception), par exemple, le pénible "Salamandra" présenté aussi à la Quinzaine, tout à fait dans le même registre... (voire mes quelques notes sur le film...)
Ce film a une qualité : la fin, le réalisateur coupe exactement au bon moment, courageusement, mais cela suffit-il pour justifier 1h40 de ce calimiteux Travolta dont on aura même pas le plaisir de voir la prestation au concours de sosie qu'on montre bâclée, expédiée, filmée "autrement" pour ne pas faire classique?
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Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma brésilien, Cannes 2008, Quinzaine des réalisateurs 2008, Tony Manero, Pablo Larrain





























Commentaires
Haro sur le disco
Hello !
Incontestablement, on peut regretter un manque total d'humour (quoique... mais il ferait plutôt grincer des dents, nous ne sommes pas dans C'est arrivé près de chez vous... ) mais je crains fort que les chiliens n'aient pas franchement rigolé pendant des années.
Par contre, il est certain que Llorain se fiche pas mal de Travolta et de ses entrechats, c'est plus l'obsession et le climat délétère des années de dictature qui semblent l'avoir "travaillé"... même si je trouve qu'il y a quelque chose d'absolument touchant et en même temps pathétique (vu l'ignominie du bonhomme) à le voir perpétuellement s'entraîner à chalouper en slip transparent et chaussettes dépareillées...
La misère sexuelle est par contre extrêmement bien rendue (même si effectivement ce ne sont pas de belles images — mais le plaisir solitaire que prend la jeune fille est absolument surprenante — qu'on aimerait voir plus souvent).
Et oui, il faut avoir le coeur bien accroché durant tout le film et la fin est à tomber !
FredMJG - 18.02.09 à 16:43 - # - Répondre -
Oupsie !
Larrain voulais-je dire ! Désolée Pablo...
Avais-tu vu son précédent "Fuga" ?
:oD
FredMJG - 18.02.09 à 16:46 - # - Répondre -
← Re: Oupsie !
Bonsoir! C'est le premier film que je voyais de ce réalisateur, je viens de sortir de la projection de "Linha de passe" de Walter Salles et je mesure le fossé gigantesque entre la pulsion de vie au Brésil où ils n'ont pas rigolé pendant la dictature et ne rigolent pas non plus aujourd'hui (sauf qq ultrariches mais c'est peu de monde) dans les favelas de Sao Paolo où se passe le film, par exemple, et l'état dépressif des films de certains autres pays d'Amérique latine. Je crois que c'est parce que je suis tellement admirative de l'état d'esprit brésilien, de l'omniprésence de l'humour dans le drame, d'une aptitude au plaisir sinon au bonheur, que les "voisins" me paraissent lugubres... Ceci dit, comme j'ai vu le film en mai, je ne l'ai plus entier en mémoire... PS. pour la misère sexuelle, j'ai l'impression qu'au Brésil, la libido trouve tjs à s'épanouir, il y a un "tout sensualité"...
vierasouto - 18.02.09 à 21:21 - # - Répondre -
Ah Brazil !
C'est pas juste d'être détenteur d'une aussi belle langue ! Rien que d'entendre parler les brésiliens, mon âme se réchauffe !!!
J'apprécie beaucoup le cinéma de Salles, vivement le mois de mars donc !!!
FredMJG - 19.02.09 à 10:46 - # - Répondre -