« Rafles sur la ville » : la qualité oubliée du polar noir français

Pierre Chenal, 1958

 

Vu hier un grand film noir français dont j’ignorais tout jusqu’au nom du réalisateur mais quelle volupté… Avec au générique Charles Vanel, Mouloudji, Michel Piccoli, excusez du peu, et comme l’a dit J.J Bernard dans sa présentation (toujours alléchante, je lui dois bien des découvertes) sur Cinécinéma Classic, tous les seconds rôles excellents, bluffant… D’après un roman d’Auguste Le Breton, sur une musique de Michel Legrand, ce récit a une particularité : un film d’hommes que les femmes vont faire tomber, où les rôles féminins ne sont pas réduits à une petite pépée attendant son julot.Un vieux caïd dit « Le Fondu » (Charles Vanel) tue un policier en s’évadant de l’infirmerie de la prison, son collègue et ami, l’inspecteur Vardier (Michel Piccoli, très jeune, cheveux noirs), jure qu’il aura sa peau par tous les moyens. Au même moment, une jeune reccrue arrive dans le service, tout juste sorti de l’école de police, l’inspecteur Gilbert Barot que sa ravissante épouse, clone de Brigitte Bardot (jusqu’à sa façon de parler), blonde torride émigrée de son 16° arrondissement, attend en décapotable devant le commissariat. Un homme attire tout de suite les foudres de l’inspecteur Vardier : le neveu du Fondu dit « Le Niçois » (Marcel Mouloudji), un mac minable qui vit en ménage avec une prostituée, que le cruel Verdier va faire chanter pour en faire son indic et balancer son oncle. Formidable interprétation de Mouloudji (quelle voix grave et sensuelle, en plus..) dans le rôle du Niçois face à son oncle Charles Vanel/Le Fondu, quel régal!

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Bella Darvi et Charles Vanel

Dans ce genre de film macho, de polar noir à la française, souvent, la femme n’existe que pour faire de la déco ou dans le rôle d’une ancienne prostituée au grand coeur tenant un bar, voire
une femme fatale archétypale… ici, deux fois, une femme va faire tomber les durs, moderne… Vardier, sidéré par la beauté de l’épouse du nouveau, va en tomber amoureux, l’homme cynique et pervers, qui n’hésitait pas à voler la femme d’un jeune collègue pour le fun, va être démoli par la poupée blonde des beaux quartiers qui s’ennuie, vautrée sur un lit en bustier noir et longs cheveux emmêlés, clone de la Bardot de « La Vérité » ou « Le Repos du guerrier ». Le point faible du Fondu, c’est une certaine Cri-Cri (Bella Darvi), une danseuse de cabaret à forte personnalité qui en a vu d’autres, loyale mais pragmatique, piégée par Verdier, elle va le faire tomber malgré elle.Film dur non spectaculaire, suffisamment loin de la mythologie du truand pour donner du recul au spectateur, Le Fondu abattant son neveu froidement, bien obligé pour s’en sortir, la scène finale dans le commissariat plus romantique d’un Vardier désespéré s’offrant une fin héroïque pour racheter une vie de salaud du bon côté du manche, on est sidéré par la qualité de l’ensemble. Pas une scène, pas un rôle qui ne soit nickel, une sobriété étonnante, un scénario en béton, une histoire de passion intégrée à un polar noir sans la moindre mièvrerie, que demander de plus…

Notes : Réalisateur belge oublié et sous-estimé, également journaliste, Pierre Chenal, ayant démarré dans le cinéma à connotation sociale et l’adaptation littéraire (Marcel Aymé, Pirandello), se prend tardivement de passion pour le polar  : longtemps après une version du « Facteur sonne toujours deux fois » de James Mac Cain  (« Le Dernier tournant », 1939), il réalise trois polars noirs à la française  :  « Rafles sur la ville (1958), « La Bête à l’affût » (1959) et « L’Assassin connaît la musique » (1963)

     

Vu sur CinéCinéma Classic, rediff 18 aout à 23h45, 20 aout à 9h15, 25 aout à 16h05, 27 aout à 0h45, 28 aout à 17h35 et 31 aout à 1h10.
 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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