"Romanzo Criminale" : Le Bon, La Brute et les Truands …

Michele Placido, 2006

 

Je traînais un peu les pieds pour aller voir le renouveau si souvent annoncé du cinéma italien après la volée de bois vert assénée par la critique Elisabeth Quin sur Paris-Première : un film dont elle dénonçait la violence extrême en le traitant de mélo rédempteur. Ce n’est pas totalement faux s’agissant du mélo et de la rédemption mais en était-il autrement du «Parrain» ou des «Affranchis»?
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Le fantôme du cinéma italo-américain des années 80 parraine ce film que j’ai trouvé personnellement très réussi : plus de 2h30 sans la moindre longueur, une direction d’acteur dont beaucoup de réalisateurs français pourraient s’inspirer, un casting nickel, des images léchées, de très belles lumières nocturnes, des extérieurs sobres et naturels qui m’ont d’autant plus frappée qu’on venait de passer la BA d’un film de Dupontel avec des horribles couleurs criardes (et pas que les couleurs).
Seconde raison qui avait ralenti mon enthousiasme : après les attentats de Munich, les brigades rouges Pas beaucoup l’occasion de se détendre ces derniers temps et pour se mettre dans l’ambiance les pare-brises éclatés en morceaux sur les trottoirs et les cars de CRS bloquant les rues du quartier pour accéder à un cinéma de Montparnasse Au moins, nous n’étions pas nombreux dans la salle J’avais tort : ce film n’est absolument pas politisé, il ne dénonce rien au point que c’en est un peu choquant : les brigades rouges, l’assassinat d’Aldo Moro, l’attentat de la gare de Bologne, servent de décor à ces années 70 italiennes qui on baigné dans la violence et le terrorisme. Le réalisateur utilise d’ailleurs des documents filmés d’époque pour les attentats, insérés dans son film, un peu comme Spielberg dans «Munich».

Le film raconte une histoire vraie : l’ascension, la gloire et la chute d’une bande de délinquants de la banlieue romaine montés à la conquête de la capitale où ils vont infiltrer le milieu en place et devenir les rois de la pègre pendant des années, toujours liés de près ou de loin aux attentats terroristes.

Une bande d’adolescents vole une voiture et force un barrage, l’un d’entre eux sera tué, c’est leur première exaction. Ils se sont donnés eux-mêmes des surnoms qu’ils conserveront à l’âge adulte : la Thune, le Libanais, le Froid, le Dandy, le Sec, le Noir, le Rat, le Buffle, le Fil de fer, etc Etant moi-même d’origine insulaire face à la côte italienne et malgré l’antagonisme entre nos deux peuples, je connais bien ces surnoms et je prends sur moi d’avouer que certaines ruelles, certains cafés m’ont rappelé des souvenirs d’enfance Ce qui ne va pas du tout dans le sens de l’aversion vis-à-vis de cette bande de délinquants dont j’ai trouvé certains plutôt attachants et l’un d’entre eux, surnommé le Froid, superbe

Avec l’argent de la rançon du kidnapping du baron, la bande s’organise pour mettre leur butin en commun et monter à Rome acheter des grandes quantités de drogue pour la couper et la revendre. Pour cela, il faut aller intimider le caïd en place : le Terrible et son goûteur de drogue : le Rat, pour les forcer à travailler avec eux et passer des alliances avec tout ce qui est corrompu et mafieux dans Rome. .

Trois des «cadres » de la bande de la Magliana (nom du quartier dont ils viennent) en prendront la tête successivement : le Libanais (Il Libanese), qui doit son nom à son rêve ado de passer sa vie à fumer du shit, violent et stratège, sera à l’initiative de l’enlèvement du baron Rosellini qui avait autrefois maltraité ses parents à son service. Le Froid (il Freddo), archange calme et déterminé, tombera amoureux de Roberta, une jeune femme pure qui le séduira en l’emmenant voir un tableau de Caravage dans une église. Le Dandy (il Dandi), nommé ainsi parce qu’il rêvait de passer sa vie habillé comme Fred Astaire, la poursuivra à satisfaire les caprices d’une prostituée, Patrizia, qu’il partage avec le flic qui les poursuit .

Après une période de frime et de flambe, où les truands roulent en Porsche et en MG rouge avec des Ray-Ban à montures dorées sur le nez et des Rolex au poignet, le Dandy offrant même un hôtel particulier à Patrizia, promue tenancière d’un bordel de luxe, les uns et les autres ne sont plus d’accord. Présent par hasard lors du carnage de la gare de Bologne, le Froid, qui n’était pas dans le coup, veut déserter. Quand son frère junkie meurt d’une overdose, le Dandy qui a désormais la main-mise sur le trafic de drogue, lui propose de lui balancer le dealer qui lui a vendu la dose fatale

De fusillades en attentats et détournements des activités des mafiosi en place et des politiciens véreux, la bande marche sur trop de plates-bandes et de pieds, accumulant les ennemis et suscitant les désirs de vengeance. Le premier tombé, entraînant avec lui l’écroulement des amitiés et l’émergence des trahisons, sera le Libanais. Le cycle des représailles sans fin est entamé jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun Le Froid qui était l’intime du Libanais n’aura de cesse de le venger et sera dénoncé et envoyé en prison, le Dandy lui succèdera en se rangeant du côté des intérêts de la mafia dans l’ombre du vieux parrain oncle Carlo qui a pour devise «seuls les vivants causent des problèmes»

Les acteurs : (ils sont nombreux)

Kim Rossi Stuart : le Froid
Superbe et magnétique, une sorte d’Alain Delon jeune dans « Rocco et ses frères »

Pierfrancesco Flavino : le Libanais
Grande gueule et rancunier, assez impressionnant

Claudio Santamaria : le Dandy
Avec un petit quelque chose de Vincent Elbaz..

Anna Mouglalis : Patrizia
Moins maniérée qu’à l’accoutumée et mise en valeur dans de somptueuses robes en satin

Stefano Accorsi : le commissaire Scialoia

Le réalisateur : Michele Placido, ancien policier, a commencé sa carrière d’acteur en 1974 et celle de réalisateur en 1989 avec «Pummaro», puis, il réalisera notamment «Les Amies de cur» et «Un Héros bourgeois». Dans les deux cas, il semble que Michele Placido soit plus versé dans le cinéma engagé que ne le laisse voir «Romanzo criminale» qui est son septième long-métrage.

Sur une musique des années 70, le rythme du film ne faiblit pas, haletant et oppressant, ne laissant jamais place à une minute d’ennui, les personnages deviennent vite familiers, la facture du film est classique et sobre mais terriblement efficace, le montage parfait, aucun temps mort (sans jeu de mots), le casting détonnant bien qu’aucun acteur ne soit connu en France exceptée Anna Mouglalis (Patrizia) et la direction des acteurs serrée. Ce film ne rappelle en rien le cinéma italien des années 70 mais louche du côté de Coppola, de Scorsese, voire de Sergio Leone.

La morale du film est totalement amorale, les policiers et les politiciens sont presque pires que les voyous et le réalisateur ne prend aucun parti, mais ce n’est pas le sujet du film qui est un film d’action sur la mafia et point final, bien qu’il soit tiré du livre publié par le juge Giancarlo de Castaldo, ce qui aurait pu permettre des développements plus politiques. Que le film soit violent, certes, mais les passages les plus durs sont ceux des archives de la télé de l’époque Ceux qui supportent le JT de PPDA peuvent s’y rendre sans problème.

 


transfert de l’article du 24/03/2006

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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