« The Curious case of Benjamin Button » (« L’Etrange histoire de Benjamin Button ») : à rebours

David Fincher, sortie 4 février 2009

Pitch

Après la première guerre mondiale à La Nouvelle Orléans, la vie d'un homme, né à 80 ans, vieux et arthritique, qui remonte le temps et rajeunit avec les années tandis que ses contemporains vieillissent.

Tiré d’une nouvelle de Fitzgerald, « The Curious case of Benjamin Button », ce film fleuve raconte une histoire à tiroirs, d’abord un horloger désespéré que son fils soit mort à la guerre, installe une pendule dans une grande gare à l’occasion de son inauguration officielle, mais la pendule a un défaut voulu par l’horloger qui espère remonter le temps et récupérer son fils vivant : elle fonctionne à l’envers… Plus tard, au lendemain de la guerre, en 1918, Thomas Button, industriel en boutons à la Nouvelle Orléans (une industrie qui marchait surtout pendant la guerre) perd son épouse en couches : pour couronner le tout, elle a donné le jour à un bébé de 80 ans… Dépité, incapable de surmonter le deuil de sa femme et l’éducation de ce monstre, l’homme abandonne l’enfant vieillard sur l’escalier d’une maison de retraite, ce qui n’est pas sans humour… Queenie, la responsable de l’établissement, l’adopte et le prend comme il est, comme il faudrait aborder les gens, avec leurs différences… Tandis que les pensionnaires de la maison de retraite, un pied dans la tombe, meurent les uns après les autres, Benjamin, lui, rajeunit à vue d’oeil, déroulant sa vie à l’envers…Film sur le deuil et la perte de l’être aimé, le film atteint le sommet de sa démonstration avec la rencontre de Benjamin encore vieux et de Daisy adolescente. Le coup de foudre est immédiat. Ils devront pourtant attendre que leurs âges, lui rajeunissant, elle vieillissant, soient à peu près les mêmes pour vivre une relation amoureuse : commence alors le compte à rebours : combien de temps Daisy aura-t-elle l’air assez jeune pour former un couple homogène avec Benjamin et inversement : l’aimera-t-elle encore quand il aura remonté le temps jusqu’à l’adolescence? Ce qui est intéressant, surtout dans nos sociétés actuelles luttant contre l’âge par tous les moyens, c’est la symétrie du drame, en poussant les choses jusqu’à l’absurde, il n’est pas pire de vieillir que de rajeunir exagérément, pour ne pas dire qu’en rajeunissant jusqu’à l’enfance, Benjamin va accumuler plus que tous les autres les pertes et les deuils des gens qu’il aime… Comme beaucoup de contes pour enfants ou de films américains (souvent des films d’animation, comme « Shrek »), le film enseigne le droit à la différence et surtout l’indépendance des sentiments vis à vis de l’apparence, de l’enveloppe extérieure : beau ou laid, jeune ou vieux, qu’importe, c’est la beauté et la jeunesse intérieure qui suscite l’amour, les vrais sentiments durables. Encore un film sous forme de conte, ils sont nombreux en ce moment ces films sous forme de contes plus ou moins philosophiques (ne serait-ce que « Slumdog millionnaire) suscitant l’engouement, on est carencé en réflexion, on nous la livre  « clé en main », c’est déjà ça…
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photo Warner Bros 

Il y a un côté « Titanic » avec le récit de cette vieille dame mourrante à l’hôpital qui demande à sa fille de lire le journal écrit par Benjamin Button qu’elle a sans doute récupéré à sa mort à lui, cette Daisy nonagénaire qui se souvient de son unique amour… Le couple Brad Pitt et Cate Blanchett forme un couple idéal comme Di Caprio et Kate Winslet, l’homme à la beauté parfaite et la jeune femme belle à forte personnalité. Si il n’y avait eu « Zodiac » dans l’intervalle, on a vraiment du mal à penser que c’est le même réalisateur ici que celui de « Fight club » et « Seven » avec également Brad Pitt au générique. Pour un acteur, ces métamorphoses sur 60 ans supposent des maquillages et effets spéciaux qui ravissent en général le jury des Oscars… Je lisais dans la gazette de Gaumont qu’on a utilisé ici un procédé nouveau appelé « contour » qui consiste à transformer les visages sur lesquels on applique une poudre invisible, puis qu’on filme en éclairage stroboscopique avant de les retoucher sur ordinateur (si j’ai bien compris). On remarque sur Brad Pitt à 20 ans une peau qui a l’air « photoshopée », lisse, sans grain de peau.

 


photo Warner Bros

Du grand spectacle grand public de qualité pourrait-on dire, ensuite, aimer ou pas le film, impeccable techniquement, de facture classique, c’est une question de sensibilité. Personnellement, j’ai été beaucoup plus sensible aux scènes dans la maison de retraite avec les vieilles dames recréant leur univers dans une petite chambre, une vie et un corps rétrécis, toutes petites et esseulées en attendant la mort, à Queenie, la mère adoptive de Benjamin qui l’aime instinctivement comme il est depuis la première minute où elle le découvre tout plissé, ridé, hideux, qu’à l’histoire d’amour idéalisée de Benjamin et Daisy très abstraite, esthétique. pas loin d’être désincarnée. Quant aux incessants aller et retour sur Daisy agonisante à l’hôpital avec le symbole de cyclone qu’on annonce à la radio, franchement, j’ai trouvé ça lourd.
Le film plaira, il est nominé x fois aux Oscars, pour l’histoire d’amour, comptez deux bonnes heures avant le top départ réel, le film est trèèès long… Encore un film interminable (après les 4 heures du « Che »). 


photo Warner Bros 

Evolution à rebours de David Fincher en 3 films…
2007   1999   1996 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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