"Angel face" ("Un si doux visage") : la femme fatale et romantique, onirique

Otto Preminger 1952

 

Une ambulance roule la nuit à vive allure sur les hauteurs de Hollywood, appelée en urgence pour une tentative de suicide au gaz. Quand les ambulanciers débarquent dans la maison, Mrs Tremayne, la maîtresse de maison, en a réchappé, un médecin et son mari sont à son chevet. Mais, et cest bien là lart de la mise en scène, ce nest pas la rescapée à létage qui est névrosée, comme le spectateur le croit quelques minutes, mais sa belle-fille qui joue du piano au rez-de-chaussée. Sur le chemin de la sortie, Franck Jessup, un des ambulanciers, intrigué par la mélodie, fait la connaissance de Diane Tremayne, 20 ans, au visage dange. Elle sanglote sans raisons, il la gifle pour la calmer, elle lui rend sa gifle ! Quelques minutes plus tard, Diane sort en voiture en pleine nuit pour relancer Franck quelle retrouve facilement dans un bar proche de lhôpital où il travaille. Acceptant leur attirance réciproque immédiate, Franck décommande le dîner avec Mary, sa fiancée. Le lendemain, Diane donne rendez-vous pour déjeuner à Mary quelle ne connaît pas pour lui dire quelle a passé la soirée avec Franck

—–

Très vite, Diane qui a entendu dès le premier soir que Franck, ancien coureur automobile, désire sacheter plus tard un garage, lui propose un emploi de chauffeur chez eux et, accessoirement, de trouver auprès de sa riche belle-mère un financement pour son projet. Du jour au lendemain, et cela est montré en deux plans, Franck est engagé chez les Tremayne. Mais, surestimant linfluence quelle peut avoir sur Franck avec qui elle a entamé une liaison, Diane abat ses cartes trop rapidement : une nuit, elle va le rejoindre et accuse sa belle-mère davoir ouvert le gaz dans sa chambre pendant son sommeil. Franck comprend quil est manipulé et que la haine obsessionnelle de Diane pour sa belle-mère lui a mis dans la tête des projets meurtriers auxquels elle voudrait lassocier, il décide de partir

 

Tiré dun roman écrit daprès une histoire vraie, ce film commandé par Howard Hugues à OP, qui tenait à faire tourner rapidement Jean Simmons, étant en procès avec lactrice, est la quintessence du film noir bien que les sentiments sen mêlent. Oscillant entre péché et rédemption, linstinct du mal finira par lemporter quand on arrivait aux portes du pardon Le film comporte deux parties correspondant à la folie meurtrière de Diane et à sa tentative de rachat grâce au seul facteur humain quelle navait pas prévu : son amour tardif et sincère pour Franck qui ne lui fait plus confiance. Endormant le spectateur qui pense que le drame est joué, le film sachemine vers le drame suivant ou plutôt vers la conséquence du précédent.

 

Cependant, la manière qua Otto Preminger de filmer Diane/Jean Simmons et, surtout, lhabileté quil a eut depuis le début du film à nous faire pénétrer dans les pensées macabres de son héroïne, met le spectateur en position dêtre en permanence suspicieux des réactions de Diane, danticiper, dans une certaine mesure, sa logique névrotique Car, compte tenu des informations mises à sa disposition grâce à cette mise en lumière apparente du personnage principal, insidieuse et confidente, le spectateur devient aussi pessimiste que le film

 

 

La première image de Jean Simmons à lécran est frappante car de profil, elle ressemble à sy méprendre à Liz Taylor dont elle na cependant pas le regard mauve quand elle se tourne face caméra mais plutôt celui de Vivien Leigh… Linterprétation de Jean Simmons est convaincante, elle évolue de façon très subtile avec le récit, la petite fille gâtée et capricieuse cédant peu à peu la place à la femme blessée. Avec Robert Mitchum, éternel séducteur désinvolte, ils forment un couple torride.

 

Un grand film plus noir que lencre de la nuit, tourné habilement en noir et blanc, où la femme fatale se verra condamnée, non pas par sa cupidité ou ses mauvais instincts, mais par lémergence de sentiments amoureux Une impitoyable marche vers l’inéluctable, quand le crime est absous et que lamour ne sauve pas, bien au contraire, et que même lexpiation nest pas autorisée… Difficile dimaginer plus noir avec un final foudroyant…

 

 

 

 

Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top