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« Janet »: 📚#rentrée 2018

focus livres Michèle Fitoussi, parution 5 septembre 2018

Pitch

La vie passionnante de Janet Flanner, correspondante du New Yorker, retraçant un siècle d’histoire.

Notes

JANET

(Editions JC LATTES)

RENTRÉE 2018

La vie de Janet Flanner, aujourd’hui inconnue du grand public, est passionnante. Et l’auteur la ressuscite… Un livre très vivant, débordant de références à des icônes disparues, des étoiles éteintes du temps de leur superbe. Un récit où se mélangent la vie de Janet et celle des autres dont elle écrivait laborieusement des portraits fameux pour le New Yorker, longtemps sous le pseudonyme de Genêt.

Pionnière du journalisme littéraire comme on le dira ensuite de Truman Capote, par exemple, avec «De sang-froid » (une enquête glaçante sur deux tueurs dans le couloir de la mort avec qui il entretint des rapports complexes et dont il ne s’est jamais remis mais ce n’est pas le sujet…), Janet Flanner, correspondante du New Yorker dès la naissance du fameux magazine, a tout vu partout à toutes les époques et rencontré tout les célébrités du moment qui vont jalonner son long parcours.

Morte à 94 ans, elle avait décider de cesser d’écrire 20 ans plus tôt, ayant passé sa vie à écrire avec passion depuis sa jeunesse au détriment d’une vie privée. Mais Janet Flanner fut écrasée moralement toute sa vie par le souvenir de Mary, une mère froide, dure et belle qui voulait qu’elle devienne une actrice célèbre, voire une célébrité tout court, y ayant échoué elle-même. Et Janet n’arrivera jamais à publier un roman à succès du vivant de sa mère…

Le livre est divisé en chapitres correspondant aux tranches de vie de Janet Flanner, première étape, fuir Indianapolis qu’elle déteste bien qu’elle débute dans un journal en tant que chroniqueuse. D’autant que son père s’est suicidé, officiellement pour un revers de fortune… Ce qui amènera ensuite sa mère à traverser le pays pour habiter en Californie. À son père, elle ne pardonnera jamais. Elle part en fac à Chicago mais n’y reste pas. Elle rêve d’Europe… Mais elle se marie avec Lane, un homme bon, plutôt un ami qu’un mari car Janet a vite compris qu’elle préférait les femmes. 

A Paris, elle s’y rend en 1922 avec Solita Solano, son grand amour, avec qui elle restera liée toute sa vie même si pendant les trente dernières années de sa vie, elle aimera Natalia, une italienne possessive avec qui elle ne vit que quelques mois par ans, préférant habiter Paris. Dans l’intervalle, il y aura Noël Murphy, trop gentille, qui l’héberge fréquemment à Orgeval où le livre débute en 1974. Car ce livre est présenté à des mémoires d’une vieille dame qui se souvient… 52 ans plus tard…

Quand Janet débarque à Paris avec Solita, elles sont très jeunes, c’est le Paris de l’avant-guerre, les artistes, écrivains (Breton, Giraudoux, Guitry, etc..),  et peintres (Modigliani, Picasso, Chagall, etc.) squattent les cafés et restaurant de Montparnasse («Le Sélect»…) et Saint Germain des Prés, un peu Montmartre, elle se lie d’amitié avec Hemingway dont elle restera l’intime, Paris est un éblouissement. Janet y est  adoubée par des femmes influentes qui, comme elle, vivent pour la plupart au grand jour avec des femmes (Natalie Barney, Djuna Barnes, ect.)  Car le Paris de l’époque est scintillant, créatif et libre, d’une liberté de mœurs exceptionnelle qui n’existera plus par la suite. Les deux jeunes femmes habitent un petit hôtel à Saint Germain, prennent leur petit déjeuner au «Flore », aux «2 Magots». C’est très intéressant de retrouver tous ces lieux mythiques parisiens au summum de leur lustre dont la plupart existent toujours…

Quand Janet y retourne en 1948 après la guerre, Paris est exsangue. En Allemagne, auparavant, elle a vu et décrit pour le NYorker l’horreur indescriptible de la libération des prisonniers fantômes, rares rescapés des camps de la mort de Buchenwald. Berlin, qu’elle avait aimé avant la montée du nazisme (qu’elle n’avait pas vu venir, la crise de 1929 aux Etats-Unis au même moment, lui ayant sans doute bouché la vue), ce Berlin est en ruines. Tout ce qu’elle aimait a disparu (même Hemingway s’est suicidé) mais Janet va néanmoins rester habiter Paris, opérant des allers et retours incessants avec New York mais n’y rentrera définitivement que bien plus tard.

Célèbre et célébrée à 79 ans, l’insatiable Janet Flanner a tout vécu, rencontré à leurs débuts tous les personnages mythiques vénérés d’aujourd’hui ou oubliés…, écrit sur tout, du procès de Nuremberg à mai 1968 en passant sur la polémique de la couverture du procès Eichmann par la philosophe Hannah Arrendt, etc. 

Presque un siècle d’histoire revisité sous l’angle du portrait de Janet Flanner. L’auteur réussit à mettre en résonance l’histoire intime très détaillée de Janet Flanner avec l’Histoire avec un H. Beau travail!

 

Et aussi

Photo de couverture :

From International Center of Photography

Sujet : Janet Flanner et Ernest Hemingway

 

Lu en AP grâce à #NetGalleryFrance

 

POST DU 1ER AOÛT 2018

Diffusion

Editions JC LATTES

Parution 5 septembre 2018

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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