17 - 10
2008
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Dans les seventies peace and love, un jeune hippie s'arrête dans une maison sur la route de Salina où la mère et la fille le reconnaissent immédiatement comme leur fils et frère disparu quatre ans auparavant...
Un jeune hippie, Jonas (Robert Walker Jr), fatigué de traverser l'île de Lanzarotte (le récit est censé se passer au Mexique) en stop et à pied, s'arrête dans une maison sur la route de Salina. Une femme mûre lui tombe dans les bras et le prend pour son fils Rocky (Marc Porel). C'est Mara (Rita Hayworth), la propriétaire de ce café station service, décor classique du film noir, bien qu'explosant de couleur, un peu comme dans "Le Facteur sonne toujours deux fois". Jonas se laisse faire. Deux jours plus tard, Billie (Mimsy Farmer), la fille de Mara, rentre à la maison, aussitôt elle accepte de jouer le jeu, son frère est de retour après quatre ans d'absence, un frère qui a bien changé mais elle l'accueille comme tel... Amoureux de Billie, Jonas/Rocky accepte l'imposture pour vivre avec elle une histoire d'amour, se demandant si les deux femmes croient vraiment avoir retrouvé fils et frère... Quand Jonas/Rocky couche avec Billie, il ne sait pas très bien si elle s'adresse à son frère ou à lui...

Les regards échangés entre la mère et sa fille, les deux femmes entretenant des relations plus que perverses, sont glaçants, emplis de haine, de provocation, de rancune, de non dits. La mère redoute apparement que se reproduise ce qui a conduit Rocky à quitter la maison quatre ans auparavant, cette dispute avec sa soeur le matin du départ définitif de son fils. Petit à petit, on sème des indices, la mère menace Billie en la voyant faire la sieste avec Jonas/Rocky, entre colère et désespoir, hurle que "ça" ne va pas recommencer, le soupirant âgé de la mère, Ed Warren, évoque une jeune femme qu'aurait aimé autrefois Rocky, elle possède à présent un café en ville. Si Warren prend toute de suite le parti de feindre de reconnaître le brun Jackie dans le blond Jonas, c'est pour que Mara ne soit plus triste. La mère et la fille se détestant depuis le départ de Rocky, il semble pourtant que la jalousie vis à vis de ce dernier ne date pas d'hier, que les deux femmes se le sont toujours disputé... Bien que ce qui préoccupe avant tout Mara, plus encore que sa passion pour son fils, c'est de ne pas rester seule, quelque soit l'homme qui prendra la place de Rocky, à la fois dupe et pas dupe, elle se cramponne à l'illusion Jonas, il faudra attendre une minute avant la fin du film pour qu'elle appelle Jonas par son vrai nom pour la première fois.
En revanche, partie pour tenter de remplacer son frère par l'inconnu tombé du ciel, moitié pour satisfaire sa mère, moitié pour, au contraire, la provoquer en reproduisant des relations incestueuses sous son nez comme on subodore qu'elle en avait autrefois avec son frère, Billie ne pardonnera pas à Jonas sa recherche de la vérité et de tenter faiblement d'exister. Pire, en poussant Jonas à bout qui lui fait désormais horreur (le rire odieux de Mimsy Farmer qui appelle les coups pour la faire taire), elle a une chance de lui échapper, à lui, à sa mère, à sa vie sans son frère...
Un magnifique duel de femmes, entre Rita Hayworth, pathétique, empâtée, pourtant encore belle, mise en pli blond roux, petite robe en nylon, folie douce et triste, et Mimsy Farmer, le regard vert agathe d'une tueuse psychopathe avec un sourire carnassier, un corps de déesse, un visage d'ange, les cheveux platinés presque blancs (le changement de regard de Mimsy Farmer à la fin du film, redevenant une enfant triste, est sublime). Ici, les hommes, sauf Rocky l'absent, ne comptent pas, qu'il s'agisse de Warren pour Mara ou de Jonas pour Billie, les deux hommes sont considérés comme des objets de compagnie, des esclaves payés d'un regard ou d'une étreinte pour jouer la comédie de faire semblant de reconnaître le frère disparu, deux couples symétriques, les hommes amoureux et faibles, les femmes névrosées, pour ne pas dire cinglées, cruelles, vénérant un fantôme.
Côté ambiance, c'est un hybride génial : l'atmosphère trouble du polar noir vénéneux mixée au film seventies hippie, le rythme lent, la caméra qui zoome à mort, la musique planante, les moeurs libérés, l'amour libre flottant comme les pans des tuniques indiennes brodées, les cheveux longs, les plages désertes, les paysages sauvages, les touches de couleurs flash (la voiture jaune vif, la pompe rouge laqué), la moiteur d'un perpétuel été caniculaire, un vent de liberté qui va bientôt stopper net avec le début des années 80... A quand le DVD pour remonter le temps?
Note CinéManiaC :

Mots-clés : cinéculte, cinéma français, La Route de Salina, Georges Lautner































































