"Night and day" : décalage horaire et intermittences du coeur

Hong Sang-soo, sortie 23 juillet 2008
Pour une infraction mineure, un jeune peintre coréen se voit obligé de fuir son pays pour échapper à une arrestation. Il débarque en France au métro Pernety, non dépaysement garanti pour le parisien qui va voir ce film… Errant dans Paris, téléphonant à son épouse restée en Corée, Sung-nam n’a pas le moral… Jusqu’à ce qu’il tombe dans la rue sur une ex fiancée qui fustige une belle fille effrontée qui vient la saluer. Plus tard, Sung-nam va revoir par hasard cette fille, Yu-jeong, étudiante aux beaux-arts, qui est la colocataire de Hyun-ju, l’amie du propriétaire coréen de la pension devenu un soutien.Un peu comme dans « Le Voyage du ballon rouge » de Hou Hsiao Hsien, c’est un Paris culturel vu par un asiatique avec ses travers traités avec indulgence, par exemple, la fermeture d’à peu près tout au mois d’aout… Et tout comme le film précité, la magie a déserté l’écran, Paris bien terne et gris, inhospitalier, ici, pas de Juliette Binoche, les jeunes gens ne fréquentent que la communauté coréenne, on entend parler français par ci par là à l’occasion d’acheter des cigarettes ou dans un café.

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Bien que Sung-nam soit présenté comme le contraire d’un séducteur, il plait à de nombreuses femmes, son épouse pleure au téléphone, l’ancienne fiancée pourtant mariée voudrait bien rempiler, l’étudiante des Beaux-arts est séduite. Le film est présenté comme un journal de bord avec les dates qui défilent sur des affiches et la voix off du personnage principal disant son ressenti. Les micro-événements sont ceux du quotidien qu’on écrit sur son journal intime avec une consonnance autobiographique. C’est un film Rohmerien où l’amour tient toute la place, où on en parle beaucoup, où on papillonne de l’une à l’autre, la femme étant au bout du compte interchangeable, et seuls les sentiments demeurent… « Night and day » à cause du décalage horaire entre le jour et la nuit, lui en France, son épouse en Corée, point de départ théorique du récit qui en dérive rapidement et y retourne vers la fin.

Un film atone et sans séduction parlant pourtant beaucoup de séduction… tellement préoccupé de brosser les petits détails du quotidien qu’on partage rapidement l’envie du peintre de quitter Paris, les rencontres féminines ne suffisant pas à tromper la langueur et la grisaille qui absorbent le récit, mais peut-être était-ce là l’intention ce miroir d’un quotidien amoureux mortifère… « Night and day » sort le 23 juillet, le second volet « Woman on the beach » sortira le 20 aout. Les deux films traitent des intermitences du coeur et ont été présentés à Berlin en 2007. Gageons que le second volet sera plus tonique!

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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