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«Un problème avec la beauté » (Delon dans les yeux) 📚📚📚#rentrée 2018

focus livres Jean-Marc Parisis, 29 août 2018 (ou 3 septembre 2018?)

Pitch

Portrait de Delon, sa beauté insensée, son regard magnétique, transcendée par l’oeil de la caméra, un poison retard?

Notes

«UN PROBLÈME AVEC LA BEAUTE  : Delon dans les yeux » de JM Parisis

Editions Fayard

Parution 29 août 2018

J’ai rarement lu une biographie d’acteur (récit, portrait) aussi bien écrite, quel style!

Le sujet, le projet du livre : Aborder le cas Alain Delon sous l’angle des avantages, inconvénients et limites paradoxales de la beauté excessive. Delon est «trop beau», cette beauté, il s’en sert, surtout à ses débuts, plaisant indifféremment aux femmes comme aux hommes. Parfois, pourtant, cette beauté devient lourde, plus tard, il exigera d’être filmé sans maquillage, ce qui est très rare. Car il se trouve fade avec ces traits trop parfaits, presque féminins, enviant le charisme mâle d’un Ronet ou d’un Trintignant. Une beauté qui conviendra néanmoins parfaitement à Visconti qui  l’engagera sur deux films, un contre-emploi d’homme trop gentil dans «Rocco et ses frères» et l’éternel Tancrède du film «Le Guépard». Helmut Berger, nouveau compagnon de Visconti, d’une beauté différente mais saisissante, craignant le danger, très jaloux, mettra un terme à cette entente.

Mais Delon a retenu la leçon de René Clément («Plein soleil») : tout le jeu passe par le regard. Toute sa vie, il insistera sur la différence entre être un acteur qui existe par sa présence, et il se classe dans cette catégorie («être acteur, c’est un accident» a-t-il dit un jour dans le sens de hasard de la vie comme Lino Ventura que rien ne prédestinait à faire du cinéma) et être un comédien comme Belmondo, issu du Conservatoire, qui joue, interprète. Mais le regard, c’est autre chose… Il atteindra le summum du regard bleu acier impénétrable dans «Le Samouraï» de Melville (leur premier film ensemble) où il accepte le rôle quand il lit sur le scénario que son personnage n’ouvre pas la bouche durant au moins 7 mm….

Côté vie privée et publique d’Alain Delon depuis son enfance, je n’ai rien appris que je ne savais déjà, aucun scoop, au contraire, par exemple, le portrait de son ex et unique épouse, Nathalie, est extrêmement lissé mais l’essentiel est dit : elle lui ressemblait tant physiquement qu’on aurait dit son double en femme. Delon épousa une femme en miroir.

La naissance à Sceaux, l’enfance lugubre à jouer dans la prison de Frênes avec les enfants des autres matons, comme l’était son propre père, le remariage de sa mère, Edith, à un charcutier, un certain Boulogne, qui l’adopte mais chez eux jamais d’affection, encore moins d’amour, une indifférence épaisse sans hostilité. Son service militaire en Indochine, la période clé qui le structure, trop peu développée ici (car les Boulogne signèrent la dispense sur son âge sans protester, soulagés de se débarrasser de lui), et son arrivée à Paris après un CAP de charcuterie, seul, inconnu, un aller simple, sans se retourner (il ne reverra pas ses parents), bichonné par les prostituées de Pigalle qui le nourrissent.

Les femmes de la vie de Delon, depuis l’actrice Brigitte Auber à ses fiançailles avec Romy Schneider qu’il abandonnera pour l’épouser Nathalie jusqu’à sa rencontre avec la Toulonnaise Mireille Darc (que son père appelait «La batarde », deux enfances douloureuses qui se ressemblent), etc… L’auteur ne s’y attarde pas, zappe pas même mal de choses. Sur sa filmographie (connue de tous), ses rencontres déterminantes avec des cinéastes (Marc Allegret à ses débuts, René Clément, Luchini Visconti***, Henri Verneuil, JP Melville), voire des acteurs qui l’ont marqué (Jean Gabin, « Mélodie en sous-sol », « Le Clan des Siciliens), son passage éclair et stérile à Hollywood, en revanche, il s’attarde en détail… Car c’est davantage lié au thème du livre, la caméra qui regarde (relation narcissique d’une nature particulière)… Vers la fin de livre, on liste tous les films ou à peu près d’un Delon producteur, démarrant avec un succès : «Borsalino» (pour lequel il engage son rival Belmondo), voire réalisateur de deux films assez médiocres («Pour la peau d’un flic» et «Le battant»), l’échec commercial du magnifique «Monsieur Klein» de Losey (film qu’il produit), son tardif chez passage chez Godard en 1989 pour «Nouvelle vague» sauf que la Nouvelle vague est finie depuis longtemps et qu’elle lui a préféré à l’époque Belmondo… Après quelques rares films d’un Delon vieillissant (comme «Le retour de Casanova»), Delon, qui n’a pas accepté comme Gabin… de vieillir… et de s’imposer en  «parrain» mature du cinéma, refusant beaucoup de rôles de son âge, c’est ainsi qu’adulé en Asie depuis «Le Samouraï», il refusera même le rôle de Jeff Costello écrit pour lui sur mesure dans «Vengeance» de Johnnie To!

Delon, monument national à la biographie ressassée et hyper-médiatisée (traduction : ce qu’il veut bien montrer de lui…), il fallait donc trouver un angle, ce sera «dans les yeux de Delon»,  l’angle étant trop aigu, on s’en éloigne assez souvent au profit d’un récit plus général sauvé par la plume d’un écrivain vrai qui met son style brillant au service de la star absolue qu’est Alain Delon…

Le tropisme de Delon pour les truands depuis l’Indochine, depuis Pigalle (comme les frères Marcantoni), son goût pour la bringue, les nuits fauves et le risque («sans le cinéma, je pense que je serais mort assez jeune, par la vie que j’aurais menée »), l’affaire Markovic, véritable scandale d’état, Stefan Markovic, son ex garde du corps et ami qui, du temps de son mariage, logeait chez eux jusqu’à sa mort, un voyou yougoslave, amant occasionnel de sa femme… Son goût immodéré pour les armes à feu… Sa passion pour les chiens, seuls êtres fidèles selon lui.

Le cinéma a sauvé Alain Delon. Dès son premier film, il est tombé amoureux de la caméra (où le contraire, enfin, il était regardé et aimé après une enfance où on ne «le voyait pas»?) Mais son regard bleu gris magnétique, au delà de sa beauté intrinsèque, fascinera aussi les spectateurs pour ce qu’il dégage intérieurement, ce mélange de cruauté et de solitude sans espoir.

Ensuite, la beauté exceptionnelle de sa jeunesse deviendra un poison retard, lui rendant le vieillissement insupportable, muré dans le refus d’être et d’avoir été… Delon ne supportera pas de voir les films  de sa jeunesse sans s’effondrer, ne vivant plus que dans le souvenir et le culte du passé… «La puissance résurrectionnelle du cinéma semblait échapper à Delon… Le cinéma dérègle, perturbe, inverse la marche du temps» observe très justement l’auteur et encore «Si tout homme est un mystère à lui-même dans l’énigme du temps, l’oeil de la caméra aggrave et le mystère et l’énigme».

*** Delon a joué avec de grands réalisateurs italiens : Visconti, Antonioni («L’Eclipse» se plaignant de servir de faire valoir à la femme et muse d’Antonioni, Monica Vitti…), Zurlini («Le Professeur» où, barbu, débraillé, jouant un homme détruit et suicidaire, cela représente un bel exemple du désir de Delon de casser son image, mais  un film qu’il tronquera pour sa sortie (assez confidentielle) en France et dont il changera le titre, provoquant la colère du grand Zurlini…).

Et aussi

«Le Professeur» (1972) de Valerio Zurlini

«Le Professeur» (1972) de Valerio Zurlini

« La Prima notte di quiete » (« Le Professeur ») : amours défuntes

 

Photo de couverture : « Mélodie en sous-sol » de Verneuil (1966)

Diffusion

EDITIONS FAYARD

Sortie 29 août (ou 3 septembre 2018???)

Notre note

4.0 Stars (4,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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