DVD hommage à Michel Delpech « Quand j’étais chanteur »

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Pitch

Il ne s'agit pas du film de Giannoli sélectionné au festival de Cannes (critique à venir) mais du DVD fleuve, hommage à Michel Delpech...

Notes

Ceux qui lisent mon blog ne seront pas étonnés de ce troisième article depuis la mort en janvier 2006 de mon chanteur favori depuis mes 15 ans… Il a y eu l’émotion et le chagrin au lendemain de sa disparition, la révolte devant une émission hommage lacunaire et, cette fois-ci, l’analyse (partielle) de ce DVD. Un film de presque trois heures avec, principalement pour matière première à agencer et « mettre en musique », scénariser, jouer avec les époques (nombreux flash-backs), quantité de documents d’archives de l’INA où tout pourrait susciter un commentaire, subjectif, bien entendu…

Le film de Xavier Giannoli, l’émission de TMC et ce DVD, il faudrait peut-être penser à intituler différemment tous ces hommages à Michel Delpech, non? Ce ne sont pourtant pas les titres de ses tubes qui manquent….

Et aussi

Photo du doc "A Bout portant" (TF1, 1975)

Photo du doc « A Bout portant » (TF1, 1975)

Très intéressant le DVD hommage posthume (juin 2016) à Michel Delpech qu’on peut acheter sur son site officiel ou Amazon, etc… Le crescendo monte, mine de rien jusqu’à l’effondrement de la star et sa renaissance 20 ans plus tard.

Découpage entre les années 60, 70 et 80. En réalité, information tacite, non exprimée, il y a deux périodes distinctes dans les années 70 de MD : avant et après le départ de Chantal, sa première épouse… La gestuelle change et le look aussi. À partir des « Aveux », antichambre de sa dépression nerveuse, rongé par ses problèmes personnels, rien ne vas plus…

Le DVD présente uniquement des tubes homologués de MD. Mais c’est sa manière de les interpréter au cours des années qui suscite l’intérêt.

Parlons du look de MD, son évolution en dit long sur son état d’esprit, parlons des reprises et c’est le même problème.

Le DVD démarre sur les préparatifs de l’enregistrement de « La fin du chemin », Michel va mourir, son cancer lui a laissé un an de rémission. Il va enregistrer avec un courage admirable la chanson d’Abraham où il chante qu’il est prêt à rejoindre Dieu. A pleurer. Mais on ne s’attarde pas. C’est un simple rappel du tragique de la situation. Il y aura le clip en toute fin du DVD,

On offre aux fans un concert des années Pop star, la première moitié des années 70. « Marianne » chantée en live par MD avec une énergie et une vitalité exceptionnelles, sur scène, MD, s’éclate « comme une bête »… Le DVD s’appelle donc « quand j’étais chanteur ». Chemise à pois, pantalon pattes d’éléphant et bottines crème à talon, il est au faîte de sa gloire, adulé par un public essentiellement féminin. On va retrouver ce concert découpé en tranches et entrecoupé d’interviews anciennes et de quelques clips en noir et blanc des années 60,

1967, ses débuts. Michel Delpech est timide mais il ressent ce qu’il chante. Démonstration dans les deux versions de « Chez Laurette », la chanson qui l’a lancé du jour au lendemain. Dans les années 70 en chemise à pois, il en fait un peu trop, il surjoue, emporté par cette énergie immense et cette emprise sur le public qu’il maîtrise pleinement début 70, sa période Pop Star. Cette chanson n’est pas taillée pour les années 70. Retour aux années 60 et à la version d’origine : MD danse un slow timide avec une inconnue à qui il chante « Chez Laurette », il est toujours dans la veine de chanteurs comme Aznavour ou Trenet, ses modèles, et la chanson est exactement ce qu’on attend d’un chanteur de son âge chantant une chanson somme toute très classique. Sa manière de l’interpréter est touchante, cheveux trop courts et costume sage. Exportée en 70 sur des décors Pop, « Chez Laurette » dénote.

On comprend immédiatement que MD donne le meilleur de lui-même quand il chante ses chansons dans l’état d’esprit où il les les a écrites, soit à peu près à la même à la même époque. Et ce sera le cas pour toutes les chansons qui suivent.

Décalées dans les années 80, ces chansons sont dénaturées ; il se moque de lui-même, ces duos avec Barbelivien sont un peu pénibles. Cette manière de railler la chanson « Le Loir et Cher », écrite avec les plus grandes difficultés au début de sa dépression nerveuse, soit son dernier tube, met mal à l’aise. Pour « Wight is Wight » c nettement mieux car il aime cette chanson trans-générationelle et la transmettra jusqu’à ses derniers concerts. Heureusement, une autre version du « Loir et cher » traduit parfaitement son état psychologique en correspondance avec l’enregistrement de la chanson, 8 jours de studio à essayer de retrouver sa voix, à user et abuser de substances psychotoniques pour tenir le coup. Mais son look a changé depuis le lendemain des « Aveux » : les cheveux mal coiffés, le refus des brushings, la moustache de sapeur et toujours ce charme mais un charme triste. En 1975, MD ne bouge plus sur scène, habillé de costumes clairs et de T.shirts noirs, tennis aux pieds, une mode minimaliste avant l’heure, acceptant néanmoins pour la TV de porter parfois une veste à carreau en laine sèche, pavée de strass.

BarbeLivien écrira plus tard un de ses plus belles chansons « J’étais un ange »… Et bien d’autres. Des albums restés confidentiels qu’on redécouvrira après sa mort.

Mais nous n’en sommes pas là. Dans les années 1980, MD, un début de calvitie qu’il redoutait tant, pratique l’autodérision et plaisante à nouveau de sa chanson  » Le Loir et Cher », pourtant un retour à sa région et sa famille, négligées dans le tourbillon d’une vie de Pop star, tandis que le pauvre Barbelivien tente de la chanter avec la bonne inflexion dans la voix,

Clip survolté de l’incontournable « Pour un flirt », ici, on est en phase, ça colle à l’époque de l’insouciance et de cette vitalité insensée de MD, moulé dans ensemble noir zippé, il saute, il virevolte, se tourne vers son orchestre, interpelle ses choristes, une bombe…. Duo avec Françoise Hardy, appliquée, timide, la scène l’a toujours terrorisée, il s’adapte, lui fait du charme de façon soft mais elle ne le regarde pas, de toute façon, Hardy est obsédée par Dutronc et par la crainte de faire un faux pas en direct. Cette femme somptueuse ne s’est jamais rendu pas compte de son pouvoir de séduction et chante l’amour, l’amitié, la solitude.

Le doc fait sans cesse des allers et retour (excellent montage) entre les différentes époques mais on sent bien qu’il y a une ligne directrice, celle que préfigure « Les Aveux » où MD explique à son public « je me suis trompé, j’ai tout inventé… » L’enterrement d’un Michel Delpech « fabriqué », presque factice, célébre trop jeune, créature à la vie dissolue, incapable d’amour, qui lui aurait échappé, dont il se sentira coupable tout au long du reste de sa vie, est en marche. Dr Jekyl and Mr Hyde? En contre-point, un hommage à la femme sans artifices que l’on n’aurait pas vue, la vision brouillée par une vie d’excès, sans doute l’espoir d’une seconde épouse salvatrice, est inséré avec « je l’attendais » écrite en 1974. Il y en aura d’autres sur ce thème au milieu des années 80 mais cela ne figure pas dans le DVD.

Immédiatement, retour aux année 60 avec deux versions d »Inventaire 66″, le second tube de Michel Delpech après Laurette. On sent bouillir le chanteur qui livre une version qui s’inspire du style Jacques Dutronc et ses énumérations (« 500 millions de Chinois et moi et moi et moi ») mixé à celui romantique d’Aznavour, son modèle absolu. MD se cherche… Dans la seconde version chantée en duo avec Sacha Distel, le crooner, qui endosse la partie romantique, le clin d’œil à « mon petit raton laveur » (sa première femme) a disparu…

Quand il chante « Rimbaud », on a repris en marche le concert à la chemise à pois noir et blanc, la Pop star qui faisait craquer toutes les femmes, la sortie des concerts cerné par les plus belles, comment leur dire non… La chanson est raccord avec sa sa création, tout va bien… C’est alors qu’on passe aux « Divorcés » avec en prologue une interview express et perfide de Georges de Caunes sur les accrocs de son mariage « la vie en décidera » répond Michel qui, en vérité, n’a pas écrit cette chanson sur son divorce à venir mais sur celui douloureux de son co-parolier. « Je ne savais pas qu’il y avait autant de divorces », commente simplement MD, un brin anxieux ; car il n’a pas vu venir l’ampleur de l’impact des « Divorcés, le phénomène de société qu’est devenu cette chanson emblématique de cette époque de transition. Miroir des choses de la vie, ses chansons sont « engagées » et sociétales mais c’est presque inconsciemment.

Interlude avec un trio rétro composé de Nino Ferrer, Monty et MD, une chanson peu connue « je me suis fais tout petit » qui en appelle à Brassens, enfin, une découverte pour les fans, années 60, esprit Twist.

Puis « ce lundi-là » sur le thème de la fuite, un homme part de chez lui, sans prévenir sa femme (Michelle dans la chanson), il ne reviendra pas, terrifié par le spectre d’une vie bourgeoise trop prévisible qu’il entrevoit… C la période moustache et immobilisme sur scène malgré la veste en strass. Car MD ne bouge plus depuis sa métamorphose, son nouveau look… Amaigrissement et sourire rare mais son public n’a rien vu…

Habile transition sur une émission de Daniella Lumbroso intitulée « Chabada », promo de l’album « Sexa, écrite à 60 ans après deux ans à peaufiner et édulcorer ses textes avec un co-parolier engagé plus pour le rassurer qu’autre chose ; il va interpréter la seule chanson soustraite à son collaborateur car Delpech ne la lui montrera pas : « Je passe à la TV », censée décrire l’univers de la TV réalité mais qui fait davantage penser à « je me voyais déjà » d’Aznavour. Une chanson dure, lucide et ambiguë : mélangeant l’auto-dépréciation drastique du personnage « monsieur… regardez le peu que j’ai », sa résignation « je ne demande pas l’amour » et le miroir aux alouettes de la TV « et pour l’éternité j’existerai », allusion au quart d’heure de célébrité de Warhol.

Dans tous ces tubes considérés comme ceux qui plaisent au plus grand nombre, outre le flambant « Pour un flirt », la seule chanson que j’aime vraiment est « 62, nos quinze ans » dont MD lui-même disait  qu’elle était dans la veine de « Laurette »… trop classique à mon avis, un brin surcôtée… Car la seconde,  » 62, Nos quinze ans » (qu’il ajustera par la suite mais à quoi bon?) est temporelle/intemporelle, quasi-universelle, la jeunesse envolée, la nostalgie, le souvenir trop précis, mémoire hypermnésique de choses simples dont on se souvient avec l’émotion et l’inconsolabilité résignée des paradis perdus. Cet Eden dont on ignorera longtemps le nom.

Une exception cependant au sage hommage, le slow torride qu’il dansait avec sa première femme sur « Tu me fais planer » en 1975, en pleine procédure d’un divorce qui n’aura jamais lieu, est inséré dans le DVD… Son sourire à se damner, trop convaincant pour être tout à fait sobre, sa partenaire se pâmant à l’unisson, amnésique de leur rupture annoncée, consommée, a-t-il eu raison de la ligne éditoriale un peu trop raisonnable du DVD? Beau cadeau aux fans, en tout cas, avec Michel Jonaz très jeune, figurant, en danseur de bal…

PS. Pas encore vu les bonus qui semblent savoureux , beaucoup de duos comme celui (que je connais bien, en accès libre sur Youtube, avec Demis Roussos pour « Wight is Wight », Delpech en longue robe en velours mauve, hippie mood, volupté…

A signaler! 2 duos ici sur le DVD sont des perles rares : celui avec Claude François, à qui il avait demandé de s’habiller « normalement » et le second était venu en « tenue de ville », dont on sent que le deux hommes, qui se connaissent à peine, se respectent, pour une magnifique version de « C’est extra » de Léo Ferré.

Second duo très drôle avec Charles Aznavour qui lui donne les paroles de « Paris au mois de mai » mais MD connaît la chanson par cœur, le premier multiplie les improvisations et les ruptures de rythme pour le déstabiliser mais MD garde un sourire admiratif pour son modèle et vers la fin le grand chanteur abdiquera et lui dira « mais vous connaissez mieux les paroles que moi! »

 

Diffusion

INA DVD. ENELEM 2016

 

Notre note

(3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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