ÉDITO 8 : Michel Delpech sur TMCTV, la biographie révisée

focus édito et TV TCM, Juin 2016

Pitch

7 mois après sa mort, la chaîne TV TMC livre un documentaire étonnant : la biographie de Michel Delpech est remaniée, encore une fois...

Notes

Michel Delpech fait toujours « recette » et déchaîne encore les passions. Il a tenu tête le 15 juin sur la chaîne TMC a un match des Bleus de l’Euro 2016. Quand il est mort le 2 janvier 2016, les gens sur les marchés ne pensaient qu’à lui et pourtant, on se réveillait à peine des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan. C’est en 2005 au Bataclan que Michel Delpech a entamé un nième retour, l’occasion pour son biographe (2 livres, le premier, plutôt critique, en 2006, puis, une bio officielle vers 2015, remaniée en 2017 après sa mort) de lui dire qu’il ne l’avait jamais vu sur scène auparavant. Michel Delpech est né en 1946* (bien qu’il affichait souvent être né en 1949). Il démarre sa carrière à 18 ans, à 19 ans, il est célèbre, 12 ans et 30 tubes plus tard il est à terre, sa carrière est finie, il a 30 ans.

"Quand j'étais chanteur", 2006

« Quand j’étais chanteur », 2006

En 1966, il épouse Chantal Simon, sa partenaire de « Clopin-Clopant », petite comédie musicale pour laquelle il compose « Chez Laurette » ; en la chantant seul par la suite, la chanson devient un tube. Chantal a un tempérament d’artiste, elle relooke son mari et leur appartement, inquiet, il lui demande son avis nuit et jour, ils ont leur premier enfant en 1970, divorce entre 1976 et 1979. Après des réconciliations comme sur le tube « Tu me fais planer » (1975) où les fans ne l’attendent pas en guest, dansant langoureusement avec son mari. Dès 1975, Delpech a jeté ses pantalons pattes d’eph et ses chemises en satin, fini les brushings, il change de look, jean et baskets, moustache, la descente aux enfers d’une dépression nerveuse sévère a commencé, en 1973, il chante « il est fatigué le prince charmant… » (« Les Adieux »). En 1976, Chantal Delpech  l’abandonne définitivement pour habiter Tahiti. Il retrouvera le sourire en rencontrant sa voisine en 1983, Geneviève, mariée, deux enfants, lui aussi a deux enfants, élèvés par sa mère, elle deviendra sa seconde épouse en 1985. Mais le combat contre la maladie continue et bientôt contre l’oubli…

"Quand j'étais chanteur" (1974)

« Quand j’étais chanteur » (1974)

Dans le doc intitulé « Quand j’étais chanteur », faisant référence à la chanson de 1974 (le cinéaste Xavier  Giannoli en a fait un film en 2006), la chaîne TMC a fait impasse sur la première épouse de Delpech dont on verra seulement l’image de son mariage, tout comme lui qui n’en parlait jamais… Pas plus qu’elle n’était actrice ni chanteuse, Chantal Simon, suicidée en 1984, semble n’avoir jamais existé que comme Madame Michel Delpech durant une bonne dizaine d’années.

 

Et aussi

ÉDITO 8

LA BIOGRAPHIE REVUE ET CORRIGÉE

Le soir du match France-Albanie, une discrète émission sur la chaîne TMC du bouquet TNT avait attiré l’œil de la rédactrice du Figaro TV que j’ai lu en prenant mon petit déjeuner à l’hôtel.

Jamais il ne me serais venu à l’idée de regarder une chaîne de la TNT, bardée d’abonnement hors de prix de toutes sortes aux chaînes cryptées (je compte résilier tout Canal+ avec l’arrivée de Bolloré)… Encore moins d’acheter le Figaro… Et pourtant, je leur dois 2h de Michel Delpech, raconté par ses amis 7 mois après sa mort…

Michel Delpech, 2009

Michel Delpech, 2009

Dans l’article du Figaro annonçant l’émission, des raccourcis peu prometteurs, une dépression nerveuse de 5 ans, une seconde épouse pas libre mais s’étant débrouillée pour le devenir. La dépression nerveuse de Michel Delpech a cessé vers 60 ans, il se disait dans la plénitude avec l’album « Sexa » que peu de gens ont écouté. Geneviève, sa seconde épouse, sa voisine à Rueil-Malmaison, était mariée avec deux enfants quand il l’a connue. La version officielle est qu’elle l’a empêché de partir, il avait tout vendu, ses meubles, les droits sur ses disques. Et « quatre mois plus tard, ils habitaient Chatou, deux adultes et quatre enfants ». Hors. Michel Delpech avait déjà déménagé pour Chatou depuis quelques mois et Garance Delpech, ne supportant pas l’ambiance de la banlieue de Chatou « (Chatou qui dort ») a voulu rejoindre sa mère à Tahiti qui lui a répondu : primo, qu’elle n’avait pas l’instinct maternel, secundo, qu’elle avait l’intention de se suicider, ce qu’elle a fait en 1984. En 1985, c’est veuf que Michel Delpech a épousé sa seconde femme. Dans sa première autobiographie, Michel Delpech écrit qu’il n’est pas étonné de l’annonce au téléphone du suicide de Chantal et de son compagnon, il avait eu une mauvaise impression en allant les voir à Tahiti lors de ses errances. La presse écrit laconiquement : la femme des  « Divorcés » est morte. Là encore, inexactitude, quand Delpech compose « Les Divorcés », c’est du divorce du compositeur et pas du sien, à venir, qu’il s’agit.

Cependant, l’émission m’a surprise : sous l’angle de la sincérité, on a montré des documents inédits du chanteur mais que d’erreurs, de vérités tronquées et surtout de lacunes… Il y en avait tant que j’aurais pu écrire une biographie contradictoire de Michel Delpech en droit de réponse.

Mais qui avait donc commandé cette biographie entièrement révisée?** Je dirais sans rire Michel Delpech lui-même qui a tant brouillé les pistes et réécrit sa propre histoire de son vivant… Sans doute sa veuve a cru obéir à sa volonté qu’il ne soit plus ce chanteur dépressif à qui il a fallu 20 ans pour remonter la pente et chanter… Ses tubes des années 70, toujours et encore, mais autrement, avec le concours de chanteurs des années 70 qu’il n’avait jamais rencontré à l’époque de son succès, comme Alain Souchon, sans âge depuis sa jeunesse, et Julien Clerc vieillissant ou l’assommant Francis Cabrel.

Le biographe attiré, qui a écrit deux livres, le premier en 2006 et le second posthume (la version en vente actuellement démarre après la mort de Michel Delpech mais le livre a paru plus tôt). Un certain Pascal Louvrier, s’est contenté de dire « il était modeste, il savait ce qu’il avait enduré » et il a répété ça plusieurs fois.

Dans la première biographie de Louvrier, ce dernier, une biographie de Sollers sous le bras, va le voir, Delpech se fiche de Sollers mais il est poli… Ce qui l’intrigue, c’est qu’on veuille écrire une biographie sur lui qui a décidé de stopper sa fulgurante carrière après douze ans de tubes non stop. A 19 ans, il avait une rolls, a 30 ans, il était en cure de sommeil ayant commencé à craquer à Agadir en 1976 : il est invité en couple à quatre jours de fêtes ultra-luxueuses, quand sa première épouse, Chantal Simon, s’exhibe avec son nouvel amant ; choc narcissique, perte de l’estime de soi, auto dépréciation, il s’effondre et il répétera à qui veut l’entendre : « c’est comme si elle m’avait tiré dessus à bout portant »…

Michel Delpech et Claude François, 1975

Michel Delpech et Claude François, 1975

Pourtant, selon ses propres dires, l’infidélité (et les aventures extra-conjugales de toutes sortes) était un jeu entre eux sans règles précises. Chantal Simon qui connait mieux que personne la fragilité de son mari et combien il veut donner le change en public, tout scénariser pour son audience au sens large, sait-elle  qu’en s’exhibant devant tout le monde, il ne le supportera pas? Elle et lui ont fait bien pire en ces années d’excès et de de débauche. Mais en public? Il s’écroule. Il ne s’en relèvera pas. Elle non plus.

Michel et Chantal Delpech, 1970 avec leur fille Garance

Michel et Chantal Delpech, 1970 avec leur fille Garance

Dans sa première autobiographie écrite en 1995, « L’Homme qui avait bâti sa maison sur le sable » (une phrase de la bible), celle qu’on ne trouve plus à la vente, Delpech, a beau filtrer, gommer, aseptiser, c’est encore là que les infos sont les plus fraîches… 15 ans après, il raconte… En 1997, une chanson attire l’attention qui fait partir d’un album minimaliste qui n’a pas du tout marché « Le roi de rien » que d’aucuns pourraient trouver dépressif… Cette chanson, « tu l’aimes », est-elle adressée à Chantal Simon qui vit désormais à Tahiti où elle se suicidera un an avant le remariage de son ex-mari?

Mixhel, Chantal et Garance Delpech posent nus, 1970

Michel, Chantal et Garance Delpech posent nus, 1970

Dans le documentaire de TMC qui dure plus de deux heures, il est impossible de faire disparaître Chantal Simon, Sa silhouette figure même dans le teaser de l’émission (le biographe Louvrier est frappé en 2006 par une chose, Delpech ne parlait jamais de sa première femme). Que faire? On présente le mariage de Michel Delpech et Chantal Simon comme un clone de celui de Johnny et Sylvie ou de Mick Jagger (que Delpech enviait secrètement) et Bianca. D’après le doc TMC, Michel Delpech, tel un pantin, ne s’aperçoit de rien, tellement téléguidé par tout son entourage qu’il se marie sans presque s’en rendre compte. Car Jean-Michel Delpech, né d’un milieu modeste mais pas misérable, était ambitieux et aurait, selon le documentaire, créée un personnage qui lui aurait échappé : Michel Delpech. Fin sur Chantal Simon, présentée très maquillée, les cheveux décolorés et raidis. Hors, dans les photos des années 70, c’était une petite femme maigre, mal à l’aise, les cheveux bouclés, blonde ou brune selon les époques, que Delpech appelle une chanson « mon petit raton laveur ». La traductrice russe d’un long séjour de concerts en Russie les décrit se tenant par la main et riant beaucoup. Lui qui préférait les brunes Méditerranéennes comme Christiane, son premier amour au lycée, ou Geneviève, sa seconde épouse. Mais, il fait se méfier des femmes qui ne sont pas votre type de femmes (Odette pour Swann dans Proust).

Michel Delpech épouse Chantal Simon, 1963

Michel Delpech épouse Chantal Simon, 1966

Michel Delpech épouse Genevieve Garnier-Fabre, 1985

Michel Delpech épouse Genevieve Garnier-Fabre, 1985

Dans ce doc inédit sur TMC, excepté un compositeur qui travaillait avec Delpech, il n’y a absolument personne qui ne l’ait connu dans les années 70, ses années de pop-star. Barbelivien a écrit pour lui par la suite un album qui a eu un succès d’estime malgré la force d’une chanson comme « J’étais un ange ». Obispo, né en 1960, se souvient des « Divorcés », une chanson qui l’avait aidé lors du divorce de ses parents, il a dit la même chose dans l’émission hommage de Drucker du 16 janvier, celle qu’ils avaienr préparé ensemble depuis son lit d’hôpital. Les amis de la dépression nerveuse témoignent, les fêtards type Gérard Darmon, aujourd’hui dans l’empathie, les plus malins dont un qui fait remarquer que peut-être il ne voulait pas aller bien, tiens, cette thèse qui dérange tant de gens est exprimée…

Et si Michel Delpech s’était senti sentait coupable toute sa vie de ces douze années de succès et de plaisirs, une culpabilité qui lui aurait fait accepter les pires souffrances de l’âme, par une sorte de mécanisme expiatoire qui l’aurait conduit, à vivre comme un moine, loin des tentations de la ville? C’est mon point de vue et cela n’apparaît pas, bien entendu, dans le film qui vise au contraire, à réhabiliter la seconde partie de sa vie, à démontrer, en deux mots, qu’il a remonté la pente en remontant sur scène…

Ses amis craignent sa réaction mais quand on lui confirme le diagnostic de son cancer, Michel Delpech, dévoré par l’anxiété depuis l’enfance, à qui on a diagnostiqué une angoisse paroxystique très ancienne, antérieure à ses début dans la chanson, va se redresser et se battre avec un courage dont certains dont Michel Drucker ont témoigné au lendemain de sa mort. A noter qu’en 2014, il enregistrait cette chanson prémonitoire « La fin du chemin ».

Car Michel Delpech, perclus de doutes, contrôlait tout jusqu’à l’obsession, jusqu’à son émission posthume où il avait décidé avec Michel Drucker de qui chanterait quoi. Quand Benabar, son « fils spirituel », le fait remonter sur scène et relance sa carrière, c’est avec le tube « Quand j’étais chanteur » (1974). En commun, les deux chanteurs, qui écrivent eux-mêmes leurs textes, ont de faire de leurs chansons des photos de la société… Delpech faisait des chansons engagées l’air de rien, aujourd’hui, on les revendique. Drucker, accusé par l’oncologue du chanteur d’avoir trop parlé, bien que ce soit à la demande de Delpech lui disant de préparer le public, est absent du doc.

Avec une sincérité affichée, trafiquée, lacunaire, ce documentaire, qui dit tout et plus encore tout en cachant l’essentiel, m’a étonnée par son culot. Delpech aurait construit le chanteur à tubes, Delpech ne supportait plus d’être stigmatisé comme « le chanteur qui a fait une dépression nerveuse », Delpech aurait aimé chanter ses chansons actuelles (tous ses l’albums postérieurs à ses tubes des années 70), Delpech a mis 20 ans pour reconquérir son public, allant jusqu’à chanter dans des salles presque vides. Tout est vrai mais pourquoi ce chanteur de charme irrésistible que toutes les femmes voulaient dans leur lit dans les années 70 s’est-il écroulé de manière si radicale et brutale? Pascal Louvrier (biographie de 2006) fait la vraie « rencontre » de Michel Delpech à la TV dans une émission de Bouvard sur une vieille VHS qu’un ami a conservée : janvier 1975, il y voit un Delpech qu’il ne connait pas, avec les vêtements Seventies qu’il fustigeait quelques pages plus tôt dans son livre, les qualifiant de « grotesques », avec l’énergie, le charme, les talents d’un comédien, Delpech avait tout et le tout en direct. Mais comment est-ce possible, ce chemin de croix de l’après avec quelques joies et une épouse aimante, trente années durant? Le ton du livre, perfide, critique, dubitatif, change alors du tout au tout, Louvrier est tombé sous le charme de Delpech… Comme tout le monde… Le biographe avait vu Delpech pour la première fois au Bataclan en 2005 avec trente années de retard. Ça commençait mal…

Michel Delpech, 1973

Michel Delpech, 1973

Ce que Louvrier et le doc TCM feignent de prendre pour de la plénitude, c’est l’acceptation, ou plutôt la résignation de Michel Delpech que pour revenir sur scène après tant d’années de galère, il va falloir accepter de chanter ses tubes des années 70 en finissant par « Wight is Whight » (1970) habilement placé après la chanson contestée « La beat generation ». Pour les autres tubes des années 70, il cherche des idées comme chanter en aparté, le timbre de sa voix a un peu changé, de toute façon. Émotion et sensualité proches de zéro, insupportable à écouter pour ceux qui ont connu la version originale. Il sait qu’il n’a plus le physique d’un prince charmant, fut-il fatigué (« les aveux », 1973), il est devenu le metteur en scène de ses propres concerts. Delpech était surtout un excellent comédien, il aurait préféré être un chanteur de rock mais sa voix parfaite et innée, n’avait pas la puissance suffisante, il a joué dans deux films dont celui de Christophe Honoré « Les biens-aimés », un second rôle ou il fait preuve d’une autorité et d’une force de jeu sidérantes.

 

Michel Delpech, 2014

Michel Delpech, 2014

 

Nota :

* Après une erreur dans la date de naissance de Michel Delpech et par ricochet la date de son premier mariage, j’ai corrigé.

** Ce documentaire a été réalisé avant la mort de Michel Delpech mais je l’ai appris après la rédaction de l’article. Ce qui change un peu la donne car, car si il était inédit avant sa mort, jamais diffusé, il a été réalisé du vivant du chanteur.

PS. Ces corrections sont a posteriori sont la conséquences de commentaires sur Facebook où a été également partagé cet article.

Diffusion

TCM TV

documentaire inédit

« Quand j’étais chanteur »

diffusé le 15 juin 2016

à revoir sur leur site internet

http://www.tf1.fr/hd1/documentaire/videos/michel-delpech-j-etais-chanteur.html

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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