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Michel Delpech, « Pleurer le chanteur », un an déjà …

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Pitch

Le 2 janvier 2016, Michel Delpech est parti pour des lendemains meilleurs loin de cette souffrance qu'il avait enfin surmontée avant qu'une autre maladie ne le rattrape...

Notes

Michel Delpech dans les années 80

Michel Delpech dans les années 80

Michel Delpech dans les années 70

Michel Delpech dans les années 70

2 janvier 2017

On n’a pas compris quand tu nous a prévenu « il est fatigué Le Prince charmant », toujours rien compris quand tu as fait ses adieux dans « quand j’étais chanteur » ; tu avais annoncé qu’à trente ans, ta carrière serait finie, on n’a pas entendu. Car tu as eu deux vies.

« Fan de toi », on l’est resté, figées dans les brumes ensorcelées de « Wight is Wight ». Tu t’es battu contre une dépression nerveuse mais on a toujours refusé de comprendre, tu donnais si bien le change, tes retours, tes absences, ton combat contre les fantômes, on n’en ai rien su ou presque, jusqu’à ton grand retour il y a 15 ans.

Tu avais publié bien des albums mais comme les belles de « je ne t’aurais pas vue » qui ne ne t’auraient pas vu non plus vieillir, nous avons préféré jusqu’à la fin ceux des années d’insouciance. Tu étais notre jeunesse, le souvenir de tous les désirs quand il existait encore tous les possibles. « 62, nos quinze ans », c’était nous, on n’a rien oublié.

Bien entendu qu’on aurait toutes dit oui « Pour un flirt avec toi », tu le savais mais tu en as eu assez des artifices, tu as cassé ton image, jeté tes pantalons pattes d’éléphant orange, refusé brushings sophistiqués et chemises en soie de troubadour, renoncé à ton sourire « atout majeur ». Pourtant, une fois encore, on n’a vu que toi, cette élégance nouvelle, cheveux courts et moustache, trop sexy pour être honnête, enlacé, extatique, chantant « tu me fais planer », ce slow à se damner.

« Toutes les filles » te pleurent quand elles se souviennent d’une époque libertaire bénie, celle où tu les faisais danser, rêver, mais ton départ demeure étrangement abstrait. Soudain, ils t’ont emmené te reposer dans un ailleurs inconnu. Tu avais tant souffert, tu avais tardivement retrouvé la joie et ton public, fidèle, intact. Il t’attendait ainsi que dans « je l’attendais ».

À présent, tu es redevenu cet ange de « j’étais un ange ». « Ce lundi-là », 2 janvier, tu tourneras la page anniversaire de la rue de l’existence, l’horloge s’est arrêtée il y a un an, et, encore une fois, malgré les larmes du deuil, nous continuerons à dérouler le temps avec toi, car, étrangement, ton absence a démultiplié la conscience de ta présence, tu nous a légué tant de choses, tant de textes, de livres et de chansons et de films…

Te voir en live sur une vidéo et c’en est fini de la tristesse, de ton absence terrestre, écouter en boucle « Ces mots-là », c’est partir avec toi « Loin d’ici », jouer avec la temporalité, remonter le temps.

« Emmène-moi » disait Aznavour, ton Maître. Dans les brumes apaisées d’un au-delà auquel tu croyais, il me semble que tu nous a emmenées avec toi, un peu…

Michel Delpech dans les années 60

Michel Delpech dans les années 60

« Il n’est pas mort. Il ne n’est pas endormi. Il s’est réveillé du rêve qu’est la vie »

(Shelley à propos de Keats)

 

Et aussi

HOMMAGE en 6 chansons que j’M :

Hommage à Michel Delpech
Chanson 1

« … j’ai mal et je ne sais pas vraiment à qui parler…
… Je ne demande pas l’amour…
… Monsieur, regardez le peu que j’ai…
… et pour l’éternité, toujours j’existerai… »

(« Je passe à la télé »
Album « Sexa », 2009)
http://www.deezer.com/track/7330259

Une chanson qu’on peut écouter au premier degré comme une analyse de la télé-réalité, faisant référence au quart d’heure de célébrité de Warhol, mais qui était sans doute aussi une chanson personnelle d’un chanteur qui avait connu une longue traversée du désert…
« SEXA », son dernier album original, MD a 63 ans, l’heure des bilans et du recul sur les gens et les choses, bien que cette chanson soit dans une atypie, une chanson « à part » dans l’album de la maturité.

Chanson 2

« …J’ai soif de vous comme on a soif d’une eau glacée
Elisabeth de quelque chose…
..reviendrez-vous, reviendras-tu, reviendrons-nous…
… pour dire que l’on est fou de ne pas être fou… »

(« Elisabeth de quelque chose », 1966)
http://www.deezer.com/track/75786285

Première période de Michel Delpech, sixties, il est à contre-courant du mouvement yé-yé et s’inspire encore de Charles Aznavour, son modèle… Ici, on retrouve un des thèmes récurrents de chanteur qui composait aussi les paroles de ses chansons, fait exceptionnel pour l’époque… Cette idée foncièrement romantique de l’amour fou qui, plus tard, dans la réalité lui causera bien des déceptions et des désespérances…

Chanson 3

« … Fais glisser tes bas…
…adieu Paris… l’indifférence…
… Paul et Virginie… tous les grands gâchis… je les oublie… maintenant c fini…
… g touché ton cœur, j’ai touché ton corps, quand tu pleures, je touche à à mort…
…la tragédie, c ton absence
.. Les interdits, on s’en balance…  »

(« Ces mots-là », 1988)

Vidéo @Veronique Leconte

Une chanson très complexe : Franchement érotique au début sur une musique jazzy en phase, sophistiquée, il y a ensuite un enchaînement sur le duo cœur corps, et le romantisme prend le relais. En écoutant plus attentivement, on retrouve ici tous les thèmes obsédants de Michel Delpech : la fuite (quitter Paris), le grand amour, la difficile résolution d’y renoncer (Paul et Virginie, c fini) et la crainte de l’absence, omniprésente dans son œuvre. Pourtant, l’ensemble est un hybride ensorceleur, on passe de l’image de la mort dans le drame amoureux à l’affirmation « les interdits, on s’en balance »…
Conclusion : comment résister à « Ces mots-là »?

 

Chanson 4

« Que restera-t-il à ma vie si tu pars
Je n’ai que toi…
Comment retrouver le soleil si tu pars
Il fait si froid…
Qui sait si ma vie finira
Si tu t’en va… »

(« Si tu pars », 1967)
http://www.deezer.com/track/75786278

Cette chanson est ma préférée. Sortie à une époque où Michel Delpech était très jeune et heureux dans sa vie privée (il venait de se marier l’année précédente), cette chanson démontre ses exceptionnelles qualités d’interprète, qui comprenait et vivait ce qu’il chantait, d’autant qu’il écrivait lui-même ses textes à une époque où les chanteurs traduisaient approximativement des tubes US. La hantise de la trahison de la femme aimée, de l’abandon, thèmes qui hanteront l’artiste toute sa vie, pointe déjà dans les paroles de cette chanson précoce. Une forme de prescience de ce qui peut arriver, une anxiété jamais apaisée, habite en filigrane toute son œuvre.

 

Chanson 5

« Nous, la beat generation
Qui écoutions Grateful dead…
Alors, fils, ayez confiance
Approchez-vous enfin de nous…
Parce que nous avons fait la route
Comme vous… »
(« Comme vous », 2004)

C’était l’album préféré de Michel Delpech. Cette chanson est un peu la suite, 30 ans plus tard, de « Wight si Whight » paru en 1969 et qui le propulsa aussitôt au rang de Pop star dans une version hippie inattendue. Une réflexion sur les excès de la période hippie planant sous substances artificielles et de ses conséquences. Une expérience de liberté et d’extase chimique, avec ses réveils douloureux, que Michel Delpech voudrait transmettre à la nouvelle génération en leur expliquant qu’il a suivi la même route qu’eux, « nous pouvons tout comprendre… tout fait avant vous… parce que nous avons fait la route, comme vous… »

Dans ses concerts, Michel Delpech enchaînait souvent « Comme vous » et « Wight is Wight » en final, les deux chansons comme en miroir, ce qui démontrait ses qualités de mise en scène intelligente de ses spectacles.

 

Chanson 6

« … C’était nos quinze ans… Le Madison twist…
La révolution sans rien faire, en parlant…
…C’était en Vendée sur ma mobylette…
… J’ai joué pour toi les jeux interdits
Tu ne connaissais rien, je n’en savais pas plus que toi.. »
…C’était bien »

(« 62, nos quinze ans », 1972)
https://g.co/kgs/4ZOP9a
(Vidéo rare avec MD en live en pantalon orange)

Sans doute une des plus belles chansons écrites sur les paradis perdus de l’adolescence et l’innocence de la jeunesse troublée par les premiers désirs. Plus que dans le célèbre « Chez Laurette », Michel Delpech touche à l’universel de la nostalgie avec des mots simples qui réactivent les souvenirs de chacun, ils suffit de changer les dates et les références comme « Salut les copains », l’émission de Daniel Filipacchi et FT ou le film « La fureur de vivre » auquel il fait allusion. C’est également un excellent portrait des années 60 avec ses films interdits aux moins de 18 ans, la majorité à 21 ans, les vacances en province avec les copains, ces choses simples qui, sans les parents, synonymes de censeurs, signifiaient liberté. La dernière phrase n’a que deux mots « C’était bien », quelle sens de l’épure et des mots justes, Michel Delpech, pourtant si secret dans sa vie compliquée avec l’émergence de la célébrité, a toujours su parler aux gens dans ses chansons comme si il leur faisait des confidences.

PS.
On la connaît tous mais on ne se lasse pas de cette version live de Michel en pantalon orange interminable et sa pose, un peu timide, un peu calculée, quand la chanson est finie (baissant la tête, la relevant…), c à tomber… (en pâmoison? Non, quand même…)😇

https://g.co/kgs/4ZOP9a

 

Annexe

« Il n’y a pas de chagrin mineur

C’est un accord majeur qui vient de se désaccorder »

(« Pleurer le chanteur, 1989 »)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

3 Comments

  1. Reffet -  2 janvier 2017 - 10 h 02 min

    Tout est si bien dit. Tout est parfait. Nous n oublierons jamais michel il fait parti de notre vie à nous tous. Nous continuerons à le faire vivre ces chansons une vraie thérapie. Pas besoin de médicaments. C est un vrai gentil qui aimait les gens. Une grande sensibilité le meilleur toutes générations confondues . La jeunesse doit le prendre pour modèle Rip

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    • Camille Marty -  2 janvier 2017 - 18 h 58 min

      Merci pour votre commentaire. J’ai hésité à mettre cette lettre écrite dans cette nuit du 2 janvier si triste (pas l’annexe de chansons que j’avais déjà publiée, une par une, sur FB). Comme avait dit un intervenant lors de l’émission de Michel Drucker le 16 janvier 2016 « quand on l’aime on l’aime pour toujours »… Je sais que c’était un homme d’une grande bonté et il nous réconforter autant que sa disparition nous fait pleurer…

      Répondre
  2. River -  23 mars 2017 - 5 h 54 min

    don’t know how this is possible but we just found your blog and love it…we keep saying how much we want to move to sf with all of our fav bl!osergoxgxo lindsay and stuart

    Répondre

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