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« Phantom of the paradise » : sortie DVDđź’š

focus DVD Brian DePalma, 1970, sortie DVD 12 avril 2017

Pitch

Un compositeur à qui un producteur a volé sa musique et la femme qu'il aime cherche à se venger...

Notes

Winslow Leach est un compositeur naĂŻf et pur qui a composĂ© une cantate dont le producteur Swan, longtemps invible (on ne voit que ses gants blancs), comprend immĂ©diatement le potentiel qu’il pourra en tirer, notamment, dĂ©tourner l’intro pour l’ouverture du Paradise, son nouveau et luxueux club, lassĂ© de son groupe phare, Les Juicy fruits, qui ont fait leur temps. Ne supportant pas que la perfection ne soit pas de son fait, il fait emprisonner Winslow Ă  Sing-Sing qu’on torture et Ă  qui on arrache les dents! Pendant ce temps, Swan fait passer des auditions, sĂ©duit par la voix de la chanteuse PhĹ“nix que Winslow avait repĂ©rĂ©e. Il la corrompt, la drogue, en fait sa maĂ®tresse avec le consentement de cette dernière car elle lui dira tout de suite qu’elle lui donnerait tout afin de devenir cĂ©lèbre, mĂŞme la plus pure est prĂŞte Ă  tout pour la cĂ©lĂ©britĂ©… Tel « Le fantĂ´me de l’opĂ©ra », Winslow Leach, Ă©chappĂ© de prison, la tĂŞte Ă©crasĂ©e par un presse-disque et les dents dĂ©sormais en acier, est devenu un monstre qui va hanter le Paradise avec une idĂ©e fixe : se venger que Swan lui ait volĂ© et sa cantate qu’il a dĂ©naturĂ©e et PhĹ“nix, la femme qu’il a aimĂ©e aussitĂ´t qu’il a entendu sa voix.

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Et aussi

Le rĂ©cit va beaucoup plus loin qu’un simple thriller horrifique car Swan, qui n’a pas supportĂ© de vieillir, a nouĂ© un pacte Faustien avec le diable, un accord secret qu’il a tentĂ© de reproduire en faisant signer Winslow Leach avec son sang quand il lui demande de rĂ©Ă©crire la cantate pour PhĹ“nix qu’il s’apprĂŞtera ensuite Ă  sacrifier, agacĂ© par la perfection de sa voix, lors d’un mariage spectacle sur la scène du Paradise.

"Phantom of the paradise" (photo Carlotta)

« Phantom of the paradise » (photo Carlotta)

Ce conte rock parodique horrifique est d’une luciditĂ© et d’une cruautĂ© terrible sur l’industrie du disque et la fabrication des pop stars avec en filigrane le procès de la sociĂ©tĂ© du spectacle. Trois livres (devenus des thèmes pour les deux derniers) sont utilisĂ©s/revisitĂ©s : « Le FantĂ´me de l’Opera », Faust et « Le portrait de Dorian Gray ». Les rĂ©fĂ©rences pleuvent et se tĂ©lescopent : la Transylvanie dont serait originaire Swan, Xanadu, la maison de Swan, et mĂŞme Proust! « Du cĂ´tĂ© de chez Swan » entendu au dĂ©tour d’un Ă©change…

Jamais DePalma n’est jamais allĂ© aussi loin dans sa rĂ©pulsion du système, Ă©pinglant au passage la suprĂ©matie de l’image, comme le voyeurisme inversĂ© de Swan, ne vivant que par et pour les images, qui jouit plus de savoir Winslow les observer par la fenĂŞtre quand il couche avec PhĹ“nix dans son antre, Swanage, lieu de toutes les dĂ©bauches, que d’en faire sa maĂ®tresse. De façon gĂ©nĂ©rale, toutes les femmes aspirantes chanteuses acceptent tout de Swan afin d’ĂŞtre cĂ©lèbres.

Mais cela va encore plus loin dans un pessimisme absolu dont le rĂ©alisateur pense qu’il est prĂ©monitoire. Dans l’interview donnĂ©e par DePalma en 1975, il confie qu’il pressent qu’un jour on en arrivera Ă  tuer une rock star sur scène. Le final va dans ce sens oĂą le public, ivre de sang et de musique, de drogues aussi (on est en 1970), est devenu incapable de faire la diffĂ©rence entre fiction et rĂ©alitĂ©, surexcitĂ© par le carnage dont il ne veut pas connaĂ®tre qui fait quoi sur scène pourvu qu’il y ait du spectacle. Le premier chanteur, grotesque, caricatural et effĂ©minĂ©, s’appelle Beef, il va griller comme un beefsteak sur scène et le public n’y verra que un effet du show. Les musiciens et autres chanteurs sont grimĂ©s comme Alice Cooper, cadavĂ©riques, le visage bardĂ© de peinture noire, un groupe qui semblait Ă  chaque concert dire une messe noire et jouait avec les thèmes du satanisme… Dans ces conditions dĂ©lirantes , le meilleur endroit pour s’entretuer semble la scène survoltĂ©e du Paradise… Grand moment que ce final…

Sans doute le chef-d’Ĺ“uvre de DePalma.

Alice Cooper, seventies

Alice Cooper, seventies

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Alice Cooper, seventies

 

Diffusion

Sortie DVD 12 avril 2017 Ă©ditions CarlottA

coffret collector avec DVD/BR et livret avec une interview du rĂ©alisateur passionnante datant de 1975…

 

Notre note

5.0 Stars (5,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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